Temps de travail : l'écart entre la France et l'Allemagne s'élève à 121 heures par an.

Temps de travail : l’écart entre la France et l’Allemagne s’élève à 121 heures par an.

25.09.2026 09:26
5 min de lecture

Un salarié français à temps complet effectue 121 heures de travail en moins par an que son homologue allemand. La Fondapol estime qu’un alignement sur le modèle allemand pourrait permettre à la France de réaliser un potentiel de gains de 107 milliards d’euros. Par ailleurs, une étude de Coface prévoit que dans trois à quatre ans, un emploi sur six pourrait être sujet à l’automatisation. La France se trouve alors face à un dilemme : faut-il allonger le temps de travail pour rattraper son retard en matière de productivité, ou, au contraire, préparer ses travailleurs à la disparition imminente de nombreux postes, rapporte TopTribune.

Deux crises convergentes : productivité faible et automatisation accélérée

Une analyse de la Fondapol indique qu’en France, un employé à temps plein travaille 121 heures de moins que ses collègues allemands, ce qui équivaut à plus de trois semaines de travail. Les disparités sont notables selon les secteurs : l’écart atteint 159 heures dans le public, 109 heures dans les services marchands, et 79 heures dans l’industrie. Cette situation se traduit par une diminution de 4,6 % du volume de travail disponible pour l’économie française.

Bertrand Martinot, économiste et auteur de l’étude, souligne qu’un alignement sur le modèle allemand pourrait engendrer une augmentation de 107 milliards d’euros du PIB à long terme, soit 3,6 %. À court terme, ce gain pourrait atteindre 81 milliards d’euros, et améliorer le solde des finances publiques de 29,4 milliards d’euros. Les salariés bénéficieraient d’une augmentation de leur pouvoir d’achat de 6,8 %, découlant d’une hausse de 5 % de leur temps de travail rémunéré.

Parallèlement, le gouvernement met en place le plan Impulsion IA 2027, doté d’un budget de 80 millions d’euros, visant à adapter le marché du travail à l’intelligence artificielle. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, met en garde sur le fait que l’IA pourrait à la fois alléger certaines tâches tout en exacerbant les inégalités entre métiers et niveaux de qualification. Une étude de Coface annoncée en avril 2026 estime que 5 millions d’emplois en France sont susceptibles d’être automatisés d’ici peu.

Actuellement, la productivité par habitant en France est inférieure de 26 % à celle des États-Unis, dont 16,1 points peuvent être attribués à la durée de travail plus courte. Face à cette automatisation croissante, se pose la question de savoir s’il est nécessaire d’augmenter les heures de travail ou de repenser la nature même de l’emploi.

Le paradoxe : augmenter les heures dans un contexte de disparition d’emplois

Dans son étude, Bertrand Martinot préconise une approche flexible plutôt qu’un retour à une durée de travail hebdomadaire de 39 heures. Il propose neuf mesures visant à diminuer les coûts supplémentaires supportés par les employeurs sur les heures supplémentaires, pouvant atteindre jusqu’à 40 % de plus qu’une heure normale pour les PME, ainsi qu’un assouplissement des règles de contingentement. L’orientation choisie privilégie le volontariat et les incitations économiques.

Cependant, l’étude ne prend pas en compte la possibilité d’une automatisation massive. Elle envisage un marché de l’emploi où les postes seraient stables, voire en croissance. Si 5 millions de postes venaient à disparaître, augmenter le temps de travail pour les emplois restants pourrait aggraver le chômage structurel au lieu de créer de la richesse. Le modèle allemand, quant à lui, évolue aussi ; les instituts économiques allemands revoient leurs prévisions de croissance en tenant compte d’une digitalisation de l’économie accélérée.

Le plan du gouvernement met l’accent sur la formation et l’accompagnement des travailleurs. Avec un investissement de 80 millions d’euros, il a pour objectif de préparer les entreprises et les employés aux transformations technologiques. Jean-Pierre Farandou avertit qu’en l’absence d’une action résolue, l’IA pourrait créer un monde qui ne répond pas à nos attentes. Les organisations syndicales et patronales se déclarent prêtes à s’engager dans des négociations, comme en témoignent les discussions tenues lors de la conférence sur le Travail, l’Emploi et les Retraites la semaine précédente.

Pourtant, ces 80 millions d’euros semblent dérisoires face aux 107 milliards de gains potentiels avancés par la Fondapol. Les efforts nécessaires en matière de reconversion et de montée en compétences devraient s’élever à des milliards pour véritablement soutenir les 5 millions de travailleurs en situation de vulnérabilité.

Trois scénarios possibles pour le marché du travail français

Accroître le temps de travail ne profiterait qu’aux emplois qualifiés, peu concernés par l’automatisation. Les cadres et professions intellectuelles continueraient à travailler davantage, tandis que les ouvriers et employés, les plus susceptibles de perdre leur emploi, pourraient se retrouver sans travail, tandis que d’autres accumuleraient les heures supplémentaires. Ainsi, le gain de pouvoir d’achat de 6,8 % bénéficierait uniquement à ceux qui conservent leur poste.

Au lieu de majorer le temps de travail, plusieurs économistes plaident pour une augmentation de la productivité horaire par le biais d’une formation extensive. Investir dans les compétences numériques, l’adaptation aux outils modernes et la reconversion vers des métiers moins sujets à l’automatisation permettrait à des salariés mieux formés de produire davantage en moins de temps. En Allemagne, une productivité élevée est corrélée à une durée de travail considérable grâce à son système de formation professionnelle dual.

D’un autre côté, certains suggèrent de partager le travail restant après l’automatisation. Réduire le temps de travail pour tous et compenser par des mécanismes de solidarité, tels qu’un revenu universel ou la taxation des robots, pourrait s’avérer plus équitable. Si l’IA entraîne effectivement la suppression d’un emploi sur six, accroître les heures des autres risques d’empirer les inégalités. Une meilleure approche consisterait à redistribuer le travail disponible et à financer les transitions par les gains de productivité générés par l’automatisation.

Ce que les entreprises doivent préparer dès aujourd’hui

Pour les PME, les coûts associés à une heure supplémentaire peuvent croître de 40 % par rapport à une heure normale basée sur le Smic. Les propositions de la Fondapol visent à atténuer ces surcoûts par des exonérations ciblées et une simplification administrative. Toutefois, dans un monde en pleine automatisation, la question se pose : faut-il investir dans des heures supplémentaires humaines ou dans des robots ? Les entreprises feront leurs choix en fonction de leur secteur et de leur structure de coûts.

Quoi qu’il en soit, la formation revêt une importance majeure. Les 80 millions d’euros du plan Impulsion IA 2027 doivent être judicieusement utilisés pour les programmes de reconversion. Les branches professionnelles doivent anticiper les métiers en tension et ceux susceptibles de disparaître. Les entreprises qui investiront dès maintenant dans la montée en compétences de leurs employés se trouveront mieux armées face aux défis à venir. Ainsi, le temps de travail n’est qu’un paramètre parmi d’autres, moins significatif que la qualité du capital humain.

En conclusion, la France se trouve tiraillée entre deux logiques antagoniques. Réajuster le temps de travail à celui de l’Allemagne pourrait permettre de dégager 107 milliards d’euros, tandis que l’automatisation menace 5 millions d’emplois. Plutôt que d’opter pour une solution binaire, la réponse semble se situer dans une stratégie intégrée : une flexibilité horaire ciblée, des investissements massifs en formation, et une préparation collective aux évolutions du travail. Le véritable enjeu n’est pas de travailler plus, mais de travailler différemment dans une économie façonnée par l’IA.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER