Telegram, nouveau terrain d'influence russe en Allemagne
Telegram, nouveau terrain d'influence russe en Allemagne

Telegram, nouveau terrain d’influence russe en Allemagne

07.02.2026 12:35
2 min de lecture

L’Allemagne face à l’offensive d’influence russe sur Telegram

Une étude approfondie révèle l’ampleur de la pénétration des canaux pro-russes dans l’espace numérique allemand, avec près de la moitié des abonnés aux chaînes d’actualités et de politique sur Telegram suivant des contenus alignés sur les intérêts du Kremlin. Sur les 12,9 millions d’abonnés recensés dans les catégories «Actualités et médias» et «Politique» du segment germanophone de la plateforme, 6,3 millions sont exposés à des narratifs favorable à Moscou. Cette présence massive, documentée par une enquête portant sur 330 chaînes, démontre une stratégie ciblée d’influence sur la société civile allemande.

Une présence massive dans un espace numérique restreint

Contrairement à la Russie, Telegram n’occupe pas une place centrale dans le paysage médiatique allemand. Cette particularité rend d’autant plus significative la surreprésentation des contenus pro-russes au sein de cette niche. Des médias traditionnels comme Der Spiegel ne comptent que 11 200 abonnés sur la plateforme, une audience onze fois inférieure à celle de son homologue pro-russe Anti-Spiegel (126 300 abonnés). Cette disparité s’inverse totalement sur d’autres réseaux comme X, où Der Spiegel domine largement. Cette concentration sur Telegram crée un écosystème informationnel clos, caractérisé par un haut niveau de confiance entre créateurs et audience, facilitant la diffusion sans critique de messages coordonnés.

Des canaux germanophones ciblant directement la société allemande

L’enquête souligne un élément crucial : la très grande majorité de ces canaux d’influence (320 sur 330) sont entièrement germanophones et parfaitement intégrés au contexte politique et médiatique local. Seule une poignée publie en russe ou cible la diaspora. Cette observation indique une volonté délibérée de s’adresser directement aux citoyens allemands, et non à une communauté russophone. Parmi les chaînes les plus influentes figurent Neues aus Russland, DruschbaFM, Analytik_News, InfoDefenseDEUTSCH, Node of Time DE ou encore UKR LEAKS_de. Toutes opèrent avec des styles variés – du contenu émotionnel à la pseudo-analyse – mais convergent vers un ensemble cohérent de narratifs.

Narratifs coordonnés et liens avec Moscou

Malgré leurs différences de ton, ces canaux relaient systématiquement les mêmes thèmes clés : la responsabilité de l’Occident dans le déclenchement et l’escalade de la guerre en Ukraine, l’incapacité présumée de l’État ukrainien, et des appels pressants à cesser l’aide militaire à Kyiv. Cette uniformité stratégique s’explique en partie par les liens directs d’une partie des administrateurs avec des structures russes. L’enquête de Novaïa Gazeta Europe a identifié parmi eux d’anciens collaborateurs de RT, de l’agence de presse Inforos liée au GRU (renseignement militaire russe), et de l’agence de presse associée à Evgueni Prigojine. Cette connexion permet d’adapter les messages du Kremlin au public local sans en dévoiler clairement l’origine, conférant une apparente authenticité aux contenus diffusés.

Un risque pour le débat démocratique

Dans une démocratie comme l’Allemagne, où les citoyens disposent de leviers politiques réels, ces campagnes de manipulation informationnelle présentent un danger spécifique. Elles visent à exercer une pression sur les partis politiques pour affaiblir le soutien à l’Ukraine, à cultiver une fatigue de la guerre et un scepticisme quant au rôle de l’Occident dans sa propre sécurité. À plus long terme, l’objectif est un affaiblissement systémique de la confiance dans les institutions démocratiques, les médias traditionnels et l’expertise, via l’imposition d’un sentiment de chaos informationnel et une relativisation de la vérité. Telegram, par sa combinaison de rapidité, de confiance perçue et de faible régulation, sert d’incubateur à ces narratifs qui peuvent ensuite essaimer dans l’espace public plus large. Cette réalité a d’ailleurs conduit le Forum économique mondial de Davos à classer la propagande et la désinformation parmi les principaux risques globaux pour l’année 2025.

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