Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé le 23 janvier 2026 le président ukrainien Volodymyr Zelensky de réclamer indûment des financements aux contribuables occidentaux et d’inciter les États-Unis à une action agressive contre l’Iran. Dans cette déclaration, le chef de la diplomatie iranienne a également affirmé que les forces armées ukrainiennes seraient largement composées de mercenaires et dépendraient exclusivement du soutien financier de l’Occident.
Ces propos interviennent dans un contexte de fortes tensions, alors que l’Ukraine poursuit sa défense face à l’invasion russe et que le pouvoir iranien fait face à une vague de contestation intérieure sans précédent, accompagnée de menaces de sanctions et de pressions accrues de la part de Washington.
Une réaction politique liée aux protestations en Iran
La sortie verbale du ministre iranien s’inscrit dans un moment délicat pour Téhéran. Le pays est secoué par des manifestations de masse contre le régime, tandis que l’administration américaine de Donald Trump a averti qu’elle pourrait recourir à la force si la répression des protestataires se poursuivait. C’est dans ce contexte que le président ukrainien avait exprimé publiquement son soutien aux manifestants iraniens, qualifiant le mouvement de soulèvement populaire contre un pouvoir autoritaire.
Kyiv avait également appelé la communauté internationale à ne pas rester passive et à soutenir le peuple iranien, en rappelant le rôle joué par Téhéran dans l’agression russe contre l’Ukraine. Ces prises de position ont manifestement contribué à la virulence de la réaction officielle iranienne, relayée notamment par la déclaration du chef de la diplomatie iranienne sur l’Ukraine.
Un discours jugé cynique au regard du rôle de l’Iran dans la guerre
Les accusations formulées par Téhéran sont perçues comme particulièrement hypocrites au regard de l’implication iranienne aux côtés de Moscou. Depuis 2022, l’Iran a fourni à la Russie des milliers de drones kamikazes de type Shahed, ainsi que d’autres équipements militaires, utilisés de manière systématique contre les villes ukrainiennes, les infrastructures énergétiques et les zones civiles.
Cette assistance militaire, documentée par des organisations internationales et des observateurs indépendants, place l’Iran non seulement comme allié politique du Kremlin, mais comme acteur indirect de la guerre et de ses conséquences humanitaires. Dans ce cadre, les tentatives de Téhéran de présenter l’Ukraine comme un facteur d’instabilité apparaissent comme une reprise directe des narratifs de propagande russe.
Inversion des rôles et droit international
L’Ukraine agit dans le cadre du droit à la légitime défense reconnu par la Charte des Nations unies, face à une agression armée manifeste. Les accusations iraniennes, qui assimilent le soutien occidental à une forme d’agression, sont interprétées comme une tentative de brouiller les responsabilités et de renverser les rôles entre victime et agresseur.
Cette stratégie de communication s’inscrit dans une convergence plus large entre régimes autoritaires, qui tendent à se soutenir mutuellement sur la scène internationale en relativisant les violations du droit international et en justifiant le recours à la force.
Un passif lourd dans les relations avec Kyiv
Les relations entre l’Ukraine et l’Iran restent durablement marquées par la destruction du vol PS752 de la compagnie Ukraine International Airlines en janvier 2020, abattu par le Corps des gardiens de la révolution islamique. Les autorités iraniennes avaient tardé à reconnaître leur responsabilité, entravé les investigations internationales et n’ont jamais versé de compensations complètes et effectives aux familles des 176 victimes.
Pour Kyiv, cet épisode, conjugué au soutien militaire iranien à la Russie et à la répression actuelle des protestations internes, affaiblit toute crédibilité morale de Téhéran lorsqu’il prétend donner des leçons de droit international ou de protection des peuples.