Taxe Zucman : une dérive fiscale entre ambiguïtés et populisme

Taxe Zucman : une dérive fiscale entre ambiguïtés et populisme

16.09.2025 10:23
5 min de lecture

Considérée comme une réforme audacieuse visant à « faire payer les riches », la taxe suggérée par Gabriel Zucman repose sur une distinction floue entre le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel. Au-delà du vernis idéologique, cette proposition se révèle non seulement inefficace, mais également nocive pour l’investissement, l’emploi et les finances publiques. Ce projet peut être qualifié de pur populisme, reposant sur l’idée simpliste qu’une petite élite profite du système, rapporte TopTribune.

I. Une taxe intellectuellement bancale et économiquement dangereuse

Confusion des concepts : personnes physiques et personnes morales

La pierre angulaire du problème réside dans l’ambiguïté entre la propriété professionnelle et personnelle. En cherchant à imposer 2 % de la valeur totale du patrimoine des contribuables riches, Zucman confond les fonds disponibles pour la consommation avec ceux immobilisés dans des actifs d’entreprise (sociétés, holdings, participations). Par exemple, une société évaluée à 200 millions d’euros peut avoir des liquidités limitées. Même un dirigeant bien rémunéré peut ne pas disposer des fonds nécessaires pour régler une taxe annuelle de 4 millions d’euros. La seule solution consisterait à puiser directement dans la trésorerie de l’entreprise, ce qui affaiblirait son potentiel d’investissement, son expansion, et donc, l’emploi. Des entreprises comme Mistral AI, valorisées à plusieurs milliards, ne génèrent pas encore de bénéfices conséquents. Selon la logique de Zucman, elle devrait acquitter des impôts s’élevant à des dizaines de millions chaque année, étouffant ainsi une innovation prometteuse censée jouer un rôle clé dans la relance industrielle française.

Une double, voire triple imposition

En réalité, les bénéfices des sociétés subissent déjà une imposition lourde. Un profit de 100 € entraîne un impôt sur les sociétés de 25 €. Sur les 75 € restants, si l’entrepreneur choisit de réinvestir, ce capital sera encore imposé lors des profits futurs, tandis que s’il opte pour la distribution, il sera taxé à hauteur de 30 % par des prélèvements sociaux et fiscaux. Cela conduit à un taux effectif global de 50 à 55 %. L’ajout d’une taxe annuelle de 2 % sur la valeur du patrimoine représente un prélèvement confiscatoire, déconnecté de la trésorerie disponible et préjudiciable à l’investissement productif.

Un effet de fuite massif des capitaux

L’expérience de l’ISF illustre bien ce phénomène : selon un rapport du Sénat (2019), l’ISF a entraîné chaque année le départ de 3 à 5 milliards d’euros de capitaux et environ 10 000 départs fiscaux en vingt ans. L’iFRAP souligne qu’un retour à une fiscalité plus favorable a permis de récupérer une partie de ces capitaux, dynamisant l’investissement et élargissant la base taxable. Réintroduire une taxe à la manière de Zucman produirait l’effet inverse en exacerbant l’exil des principaux contributeurs fiscaux.

II. Une vision idéologique déconnectée de la réalité fiscale française

La fiscalité du capital en France : déjà parmi les plus lourdes au monde

Les données fournies par l’OCDE ainsi que l’iFRAP sont révélatrices :
– La France se situe dans le top 3 des pays de l’OCDE pour la taxation du capital.
– Le taux effectif global sur le capital (impôt sur les sociétés + prélèvements sociaux + impôt sur le revenu du capital) avoisine les 55 %, contre environ 30 % en Allemagne et 25 % aux Pays-Bas.
– Selon l’iFRAP, le niveau de prélèvement en France est déjà tel qu’il décourage fortement l’investissement productif.

Une taxe injuste car elle frappe l’outil de travail

Il est absurde d’imposer un impôt sur un patrimoine engagé dans une entreprise comme s’il s’agissait d’une liquidité accessible. Un chef d’entreprise ne peut pas  » partir en vacances » avec la valorisation de sa holding. Ces fonds sont destinés à soutenir l’investissement, à favoriser l’innovation, et à financer l’emploi. Taxer à hauteur de 2 % de la valeur revient à ponctionner directement sur l’outil de travail. Cela contredit les discours politiques qui prônent la « réindustrialisation de la France ». Comme l’indique l’iFRAP, taxer les holdings, c’est taxer l’investissement.

Des calculs biaisés et du populisme fiscal

Zucman présente sa taxe comme une évidence morale, affirmant qu’il est temps de faire payer « enfin » les riches. Toutefois, ses analyses sont entachées de biais. L’iFRAP fait remarquer que ses modèles ne tiennent pas compte :
– Des aides sociales et des transferts massifs bénéficiant aux classes moins aisées (plus de 55 % des ménages reçoivent plus de transferts qu’ils ne paient d’impôts).
– Du fait que les « riches » contribuent déjà à la majorité des impôts : en France, les 10 % les plus riches acquittent plus de 70 % de l’impôt sur le revenu (source : DGFiP).

Quand Libération démonte Zucman

Même Libération, un quotidien souvent considéré comme de gauche, a reconnu que l’affirmation reprise par Olivier Faure selon laquelle « les plus riches ne paieraient que 2 % d’impôt » est erronée (CheckNews, 4 septembre 2023). Ce journal met en avant plusieurs erreurs dans ce raisonnement :
1. Le taux de 2 % ne prend en compte que l’impôt sur le revenu personnel, négligeant les impôts sur les sociétés encaissés au préalable par les holdings.
2. Les prélèvements sociaux et la CSG, systématiques sur les dividendes, sont omis.
3. La comparaison avec les classes moyennes est biaisée en cumulant tous les impôts (IR, CSG, TVA) pour ces dernières, alors qu’on se concentre uniquement sur l’IR pour les riches.
4. Les chiffres fournis par la DGFiP contredisent cette thèse : les 10 % les plus riches paient plus de 70 % de l’impôt sur le revenu et le 0,1 % le plus riche acquitte plus de 60 % de l’IFI.
5. La conclusion de Libération indique que ce chiffre est « au mieux trompeur, au pire faux ». Ainsi, la base du raisonnement de Zucman est remise en question, y compris par une publication de gauche.

Dès lors, une question se pose : Gabriel Zucman agit-il comme un universitaire rigoureux ou se laisse-t-il guider par un militantisme déguisé ?

III. Économie ou militantisme déguisé ?

Il est pertinent de se demander si Gabriel Zucman oeuvre en tant qu’économiste ou en tant que militant. Ses travaux associent données économiques et jugements subjectifs. Son message simpliste — « les riches paient moins que les pauvres » — est contredit par des chiffres officiels et mis à mal par Libération. Derrière l’apparence académique se cache une approche politique visant à opposer les riches aux pauvres, cultivant un ressentiment social au risque d’éroder la cohésion nationale. Un universitaire devrait enrichir le débat par sa rigueur et sa nuance. Dans cette affaire, Zucman semble instrumentaliser son statut d’autorité pour justifier une idéologie. Cela s’apparente davantage à un activisme qu’à de la recherche.

Conclusion

La taxe de Zucman se fonde sur une confusion essentielle entre le patrimoine personnel et professionnel. Son instauration entraînerait une double imposition, fragiliserait les PME, accélérerait la fuite des capitaux et, en fin de

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