Stellantis : analyse de la stratégie ayant conduit à une diminution de 11 % de la production en France

Stellantis : analyse de la stratégie ayant conduit à une diminution de 11 % de la production en France

02.12.2025 13:07
3 min de lecture

Le 1er décembre, Stellantis a annoncé un plan révisé concernant ses cinq usines en France. Après un rebond temporaire à plus de 661 000 véhicules en 2025, la production devrait diminuer à moins de 590 000 unités d’ici 2028, se rapprochant du creux atteint en 2024 (565 000 unités). Bien que ces estimations, provenant des syndicats, ne soient pas officiellement validées par la direction de Stellantis, elles mettent en lumière une tendance industrielle tenant compte des dynamiques actuelles du secteur : une baisse de la demande, des cycles de produits plus restreints, un transfert vers l’électrique et un réajustement des investissements vers des domaines à forte valeur ajoutée, rapporte TopTribune.

Une réorganisation industrielle sous contrainte

Une analyse détaillée des prévisions révèle que cette contraction n’est pas simplement une mesure défensive, mais le reflet d’un repositionnement stratégique global. Ainsi, la production française pourrait passer d’un volume supérieur à 660 000 véhicules à environ 587 800 unités d’ici 2028. Cette évolution représente un équilibre entre plusieurs enjeux : la compétitivité des sites, les coûts associés à la transition électrique et l’anticipation d’un marché européen en constante pression. Les syndicats soulignent que les cinq usines de Stellantis seront touchées à des degrés divers, avec notamment Poissy, où la fin de cycle de deux modèles réduira inévitablement les volumes.

L’usine de Poissy, qui emploie environ 2 000 personnes, illustre les défis auxquels est confronté le constructeur pour maintenir une présence industrielle tout en rationalisant ses capacités. Selon les informations fournies, sa production devrait chuter de plus de 90 000 véhicules en 2025 à près de 55 000 unités en 2028.

Pour atténuer ce choc, Stellantis a prévu d’investir près de 20 millions d’euros dans des secteurs tels que le travail du métal et le recyclage, ce qui pourrait générer environ 200 emplois, tout en restant indécis sur la continuité de la production automobile après 2028. Ce réajustement partiel vers des métiers adjacents à l’industrie automobile peut préfigurer l’avenir des sites les plus vulnérables : des plateformes hybrides combinant assemblage résiduel, fabrication de composants et principes d’économie circulaire.

Réponse aux défis d’un marché européen instable

L’adaptation envisagée par Stellantis doit également être analysée en tenant compte des prévisions pour le marché européen. Un rapport de marché, mentionné lors des présentations aux représentants du personnel, prévoit un recul d’environ 6 % de la production de véhicules légers en Europe entre 2024 et 2028, avec un total projeté de 8,9 millions d’unités. Cette production de 2024 était déjà inférieure de 30 % aux niveaux de 2017. Dans ce contexte, les fabricants jonglent entre localisation, automatisation et investissement dans l’électrification. Pour Stellantis, dont la croissance en Europe connaît une des plus fortes baisses depuis 2017, diminuer progressivement les volumes en France fait partie intégrante de cette adaptation.

Cette situation explique également les nombreux arrêts temporaires observés depuis 2024, en particulier à Poissy. En 2025, le groupe avait déjà suspendu la production sur certains créneaux en raison d’une demande insuffisante. La dynamique du marché ne montre pas de retournement significatif : la montée des ventes de véhicules électriques, représentant environ 26 % des immatriculations en France fin 2025, ne compense pas la baisse des segments thermiques, historiquement porteurs pour Stellantis. Le groupe ajuste donc ses capacités pour prévenir une érosion de ses marges, redirigeant ses investissements vers des projets électriques rentables et des activités connexes.

Pressions réglementaires et erosion du pouvoir d’achat

Sur le marché français, l’équation commerciale est devenue plus complexe. Le durcissement du malus, les zones à faibles émissions, le discours public incitant à réduire l’usage de la voiture, ainsi qu’une hausse des coûts d’acquisition, exercent une pression cumulative sur les ventes. Les ménages allongent la durée de possession de leurs véhicules, se tournant vers les occasions ou optant pour des contrats de location longue durée. Cette transformation des comportements d’achat limite la prévisibilité pour les fabricants, qui ajustent leur production de manière progressive pour éviter des capacités excédentaires structurelles.

Pour Stellantis, le constat est sans appel : ses usines françaises doivent s’adapter à un marché plus étroit, instable et segmenté. En réduisant de 11 % sa production d’ici 2028, le groupe oriente sa stratégie vers une vision axée sur le rendement industriel plutôt que sur le volume. Cette logique, qui prévaut dans tout le secteur automobile européen, pourrait redéfinir la carte industrielle française en distinguant les sites capables de se réorienter vers des activités à forte valeur ajoutée de ceux destinés à devenir des plateformes multifonctions, à l’instar de Poissy.

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