Staline et la manipulation des images : la généalogie d'une propagande soviétique

Staline et la manipulation des images : la généalogie d’une propagande soviétique

01.02.2026 09:16
2 min de lecture

Plusieurs décennies avant Photoshop, le Petit Père des peuples truquait déjà photographies et affiches pour renforcer son emprise sur le Parti communiste de l’URSS.

Moscou, 1937. Dans une officine discrète du Politburo, sur la place Staraya, se déroule une opération de manipulation historique. Les outils d’un artisan du mensonge — scalpel, ciseaux et aérographe — sont employés pour réécrire l’histoire. Les silhouettes des adversaires politiques de Joseph Staline disparaissent des photographies, tandis que le Petit Père des peuples construit un culte de la personnalité fondé sur son image. Il émerge à la tête du Parti communiste en 1922, et dès lors, affiches et journaux véhiculent l’image d’un leader proche du peuple. Après la Seconde Guerre mondiale, il revêt l’uniforme de maréchal, apparaissant partout comme une figure omniprésente, rapportent TopTribune.

Les retouches de l’image de Staline vont au-delà des simples embellissements: ses traits sont modifiés pour le rendre plus imposant, et son image est omniprésente dans l’espace public. Ainsi, son visage orne même les dirigeables, renforçant l’idée d’un Big Brother inébranlable.

Deepfakes à la sauce soviétique

Ne vous laissez pas berner par l’image soigneusement retouchée du leader soviétique. Les censeurs ne se contentent pas d’embellir ses photos; ils ajoutent des couches de maquillage numérique pour dissimuler ses cicatrices dues à la variole. Le Politburo dissimule également les faux pas de Staline, et dès la révolution russe de 1917, des retouches sont réalisées sur des images de manifestations pour en modifier le contenu. Les citoyens, de leur côté, doivent détruire des documents contenant des ennemis du régime par crainte de répercussions.

Assassinats en 2D

Au cœur des Grandes Purges des années 1930, des milliers de soi-disant « ennemis du peuple » sont exécutés, leur image effacée des archives visuelles. Parmi les victimes, Léon Trotski, assassiné en 1940, dont le visage sera systématiquement gommé des photos officielles. Ces manipulations soulignent la portée tragique des révisions historiques orchestrées par Staline.

Le photographe Evgueni Khaldeï, correspondant de guerre de l’Armée rouge, avoue avoir retouché la fameuse photographie du drapeau rouge hissé sur le Reichstag. En effaçant une montre portée par un soldat, Khaldeï préserve l’image héroïque du moment — un acte révélateur de la manipulation de la vérité, motivée par la nécessité de maintenir un récit glorieux.

Déjouer la censure

Après la mort de Staline en 1953, la censure commence à se relâcher, mais la manipulation des images perdure, surtout à l’ère numérique. Les progrès des logiciels graphiques intensifient le défi de discerner la vérité des faux. Dans un monde saturé d’images retouchées, la vigilance est cruciale pour déjouer la censure, permettant ainsi aux observateurs de repérer les signes discrets des manipulations passées. Ces cicatrices de l’histoire continuent d’informer notre compréhension des périodes de totalitarisme.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER