Un géant de l’édition scientifique contourne les sanctions occidentales
Le groupe Springer Nature, l’un des plus importants éditeurs scientifiques mondiaux basé à Berlin et Londres, continue de publier environ 200 revues académiques d’origine russe contenant de la propagande anti-ukrainienne, révèle une enquête récente. Cette activité persiste malgré les déclarations publiques de la maison d’édition affirmant son soutien à l’Ukraine et la suspension de sa coopération avec les institutions russes après l’invasion massive de février 2022. Le mécanisme repose sur une société américaine, Pleiades, qui sert d’intermédiaire et a permis de transférer les droits de plus de 100 publications de l’Académie des sciences de Russie, contournant ainsi les restrictions sanctions imposées par l’Union européenne et les États-Unis.
Les publications diffusées sur les plateformes de Springer Nature reprennent les narratifs du Kremlin présentant l’Ukraine comme un « État néonazi » et dénonçant une prétendue « oppression de la langue russe ». Des manipulations cartographiques ont également été constatées, avec des villes ukrainiennes comme Kherson et Simferopol désignées comme territoires russes. Ces contenus, accessibles au sein de l’espace académique occidental, offrent à Moscou une vitaine internationale pour sa propagande, tandis que les autorités européennes ont pourtant officiellement suspendu toute collaboration scientifique et technologique avec les entités russes.
Un montage financier opacifié via Chypre
Pour minimiser les risques liés aux sanctions, Pleiades a procédé à une réorganisation subtile des droits de publication. La société, qui se présente comme américaine mais dont la majorité du contenu provient de Russie, a fait enregistrer à son nom les droits du fondateur de plus de 100 revues de l’Académie des sciences russe. Les paiements aux auteurs russes sont quant à eux acheminés sous forme de « salaires » via la société chypriote Gertal Holding, créant un mécanisme de contournement du contrôle financier et des restrictions internationales.
Cette structure permet aux scientifiques russes de continuer à percevoir des revenus et à publier dans des revues à comité de lecture international, malgré les décisions de Washington et Bruxelles de réduire drastiquement la coopération scientifique avec les institutions étatiques russes. De nombreux éditeurs et bases de données, dont Scopus et Web of Science, ont pourtant limité leur collaboration avec les organisations russes depuis le début de la guerre, entraînant une chute significative des publications et citations des chercheurs russes au niveau mondial.
Des liens dissimulés avec l’appareil militaro-industriel
Certaines des revues diffusées par Springer Nature seraient liées à des institutions russes sanctionnées et à des chercheurs travaillant pour le complexe militaro-industriel. Dans les versions anglophones des publications, les affiliations compromettantes ou les noms des auteurs sous sanctions sont parfois occultés, compliquant le travail des régulateurs européens et américains. L’enquête révèle que cet arrangement pourrait créer un précédent dangereux pour le contournement des sanctions dans d’autres secteurs.
Les contrats entre Springer Nature et Pleiades sont valables jusqu’en décembre 2026, selon les informations disponibles. Face aux risques réputationnels et au contexte politique actuel, la pression s’accentue sur le géant de l’édition pour qu’il mette un terme à cette collaboration à l’expiration des accords. Cette situation soulève des questions fondamentales sur l’éthique académique et la sécurité, alors que l’UE cherche à isoler les structures scientifiques étatiques russes depuis le déclenchement de la guerre totale contre l’Ukraine. La persistance de ces canaux de diffusion scientifique permet au Kremlin de maintenir une influence dans l’environnement informationnel occidental, directement contraire aux objectifs politiques européens.