Relocalisation : Les véritables intentions des entreprises françaises quant à leur stratégie de production.

Relocalisation : Les véritables intentions des entreprises françaises quant à leur stratégie de production.

06.02.2026 11:36
3 min de lecture

Le débat autour de la relocalisation industrielle suscite régulièrement des discussions, mais un nombre croissant de dirigeants d’entreprises françaises demeure sceptique quant à l’efficacité de ce modèle pour pallier les vulnérabilités économiques du pays. Une enquête récente de référence révèle un consensus flagrant : la relocalisation n’est plus considérée comme une stratégie essentielle. rapporte TopTribune.

La relocalisation largement rejetée comme réponse prioritaire

Selon le Baromètre de la Souveraineté 2026, mené par le cabinet de conseil Cubik avec OpinionWay auprès de 500 dirigeants d’entreprises françaises, 87 % des chefs d’entreprise excluent toute relocalisation des activités industrielles en France en réponse à leur compétitivité et souveraineté en difficulté. Bien que cette opinion soit légèrement en recul par rapport à l’année précédente, elle demeure dominante et reflète l’état d’esprit des entreprises concernant leur avenir industriel.

Les raisons de ce rejet sont principalement d’ordre économique. Selon 37,5 % des dirigeants interrogés, les coûts de production et de logistique en France sont jugés trop élevés. S’y ajoutent des préoccupations concernant l’instabilité fiscale et réglementaire, évoquées par 22,5 % des participants, ainsi que les importantes difficultés persistantes liées à la recherche de main-d’œuvre qualifiée.

La pression des concurrents à l’international constitue également un facteur décisif. Une majorité significative des dirigeants estime que la France n’a pas fait de progrès suffisant par rapport à ses principaux concurrents, tels que les États-Unis et la Chine, dans la course aux investissements industriels.

Ce que les entreprises ne veulent pas faire

Pour les dirigeants, la relocalisation, c’est-à-dire un retour massif d’usines en France, semble être une perspective peu envisageable. Ils sont plusieurs à penser que simplement rapatrier des sites de production ne saurait résoudre les enjeux structurels sur le plan de la compétitivité, et craignent que de telles décisions n’engendrent qu’une augmentation des charges, sans produire une réelle valeur ajoutée.

D’autre part, des mesures de protectionnisme commercial, souvent mentionnées dans le cadre du débat politique comme un moyen de garantir les capacités industrielles nationales, ne figurent pas dans les stratégies retenues par les entreprises. Les dirigeants craignent que des réglementations trop strictes en matière de protection des marchés locaux ne compromettent leur capacité à exporter et à être compétitifs à l’international.

Enfin, la dépendance exclusive vis-à-vis de politiques étatiques de soutien pour inciter à la relocalisation est également perçue comme inefficace. D’après l’étude, seuls 29 % des dirigeants envisagent l’intervention publique pour financer des projets industriels, ce qui témoigne d’une préférence marquée pour des solutions internes ou partenariales plutôt que de recourir à l’aide étatique pour un retour en France.

Ce que les entreprises veulent faire à la place

Face au rejet massif de la relocalisation comme stratégie prioritaire, les dirigeants des entreprises françaises se tournent vers des leviers qu’ils jugent plus efficaces, réalistes et durables pour conserver leur autonomie stratégique et renforcer leurs chaînes de valeur.

Le premier enjeu identifié est l’innovation. L’étude souligne que 76 % des dirigeants voient l’innovation comme le principal moteur de souveraineté et de compétitivité. Investir dans des technologies avancées, moderniser les processus de production et mener une transformation numérique des opérations sont désormais considérés comme fondamentaux pour assurer une position solide sur le marché.

La performance opérationnelle suit de près, étant citée par 67 % des dirigeants comme une priorité stratégique. Cela implique l’amélioration continue des processus, l’automatisation, la réduction des coûts et l’optimisation des chaînes d’approvisionnement pour gagner en agilité et en robustesse face aux défis externes.

Bien que les dirigeants ne croient pas en une relocalisation totale, ils reconnaissent tout de même l’importance de sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement critiques. Le Baromètre de la Souveraineté 2026 met en lumière que les entreprises deviennent beaucoup plus vigilantes face aux dépendances à des composants stratégiques, des matières premières essentielles et des intrants technologiques.

La crise ukrainienne, les tensions commerciales mondiales et la pandémie ont mis en évidence que certaines chaînes d’approvisionnement sont trop exposées à des zones géographiques spécifiques. Plutôt que de rapatrier l’ensemble de leurs lignes de production, les entreprises s’efforcent désormais de diversifier leurs sources, en établissant des partenariats avec des fournisseurs alternatifs ou en renforçant des alliances régionales (notamment au sein de l’Union européenne) pour minimiser les risques.

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