Au cours des derniers mois, le Rassemblement national a approuvé deux éléments historiques des politiques de gauche sous François Mitterrand : l’âge de la retraite et l’impôt sur la fortune. En soutenant plusieurs augmentations d’impôts pour les grandes entreprises et les hauts revenus, il se démarque d’un discours traditionnel « antisystème » pour adopter une position redistributive, s’écartant ainsi des pratiques de la droite économique. Ainsi, sa prise de position se rapproche désormais plus de celle du Parti socialiste ou de La France insoumise que de celle de la droite traditionnelle, rapporte TopTribune.
Retraites et patrimoine : une adoption des symboles mitterrandiens
Le premier aspect du changement de cap économique du RN se manifeste par sa ferme opposition au relèvement de l’âge de départ à la retraite et son appui à la suspension de la réforme de 2023. Cela fait écho à un symbole social majeur de la gauche : la défense du départ anticipé à la retraite. Politiquement, cette position rapproche le RN du Parti socialiste des années Mitterrand, qui considérait la retraite anticipée comme un pilier de « l’État social protecteur ». De même, en matière fiscale, le RN a voté en faveur de la transformation de l’IFI en un nouvel impôt sur la fortune « improductive ». L’idée est claire : imposer des patrimoines élevés jugés passifs, une démarche que la gauche décrit comme un retour modernisé de l’ISF. Ces deux choix, en matière de retraite et de fiscalité, illustrent que le RN endosse désormais une politique sociale en phase avec la gauche traditionnelle : priorité au maintien du pouvoir d’achat immédiat, protection des retraités actuels, taxation des patrimoines élevés. Cette approche diverge radicalement d’une ligne libérale ou d’une logique de soutenabilité budgétaire.
Mesures fiscales sur les grandes entreprises et les hauts revenus : un discours anti-riches en phase avec l’agenda redistributif du PS et de LFI
De plus, le RN a apporté son soutien à plusieurs mesures fiscales visant les grandes entreprises et les hauts revenus. Parmi celles-ci, on peut citer :
- l’augmentation de la surtaxe sur l’impôt des sociétés pour les groupes les plus importants ;
- la hausse de la taxe sur les rachats d’actions ;
- le renforcement de l’impôt minimum pour les multinationales ;
- l’augmentation de la fiscalité numérique (concernant les GAFAM) ;
- le maintien ou l’extension de taxes supplémentaires sur les très hauts revenus.
Ce paquet de mesures constitue la fondation d’une politique économique caractéristique du social-démocrate : déléguer la majeure partie du financement public sur le capital, les grandes entreprises et les contribuables aisés. Cette approche, qui privilégie davantage « l’effort du haut » que le contrôle des dépenses, est exactement celle défendue par le PS et, dans une version encore plus radicale, par LFI. Il est important de noter que le RN, longtemps considéré comme un parti défendant le pouvoir d’achat sans s’en prendre aux entreprises, a totalement renoncé à la rhétorique libérale souverainiste qui émanait de certains de ses députés. Actuellement, le parti choisit une lecture morale et politique du capital : les grands groupes doivent contribuer, les riches doivent payer, et l’État doit redevenir un acteur clé de la redistribution. Économiquement, cette évolution positionne le RN sur une ligne antilibérale assumée, se distinguant nettement du discours de la droite traditionnelle (LR) et même se positionnant à gauche de certaines composantes du PS sur la fiscalité du capital.
Un modèle économique désormais très similaire à celui de la gauche : redistribution, dette et rôle stratégique de l’État
Mis ensemble, ces repositionnements dessinent des contours d’une ligne économique semblable à celle d’une gauche interventionniste :
- forte redistribution par la fiscalité ;
- protection sociale renforcée (particulièrement pour les retraités) ;
- méfiance envers le capital et fiscalité ciblée sur les grandes entreprises ;
- acceptation d’un recours accru à la dette, en l’absence d’une stratégie sérieuse de réduction des dépenses ;
- État stratège, interventionniste, arbitre des comportements économiques.
Sur ces questions, le RN converge de plus en plus :
- avec le PS, pour qui l’impôt progressif, la fiscalité du capital et la protection des retraites constituent des marqueurs identitaires ;
- avec LFI, qui prône une vision encore plus radicale, mais fondée sur la même philosophie : l’État doit redistribuer de manière significative, financer l’action publique par la taxation des grandes entreprises et des hauts patrimoines, et privilégier la justice sociale au détriment de la soutenabilité budgétaire.
La distinction fondamentale réside davantage dans l’emballage politique, l’identité, la souveraineté, la protection nationale, que dans la doctrine économique. En matière de mesures pratiques, le RN se positionne maintenant comme une gauche national-populiste, redistributive, défavorable aux grandes entreprises, favorable à l’État social, opposée aux réformes libérales et indifférente à la logique de réduction des déficits. Naturellement, son positionnement sociétal, identitaire et sécuritaire demeure tout à fait différent.