Rachat de SFR : un conflit prolongé nuisant aux consommateurs ?

Rachat de SFR : un conflit prolongé nuisant aux consommateurs ?

12.02.2026 17:26
3 min de lecture

Après la blitzkrieg, une guerre de tranchée se profile à l’horizon. Depuis le 14 octobre dernier, près de quatre mois se sont écoulés, marquant la proposition faite par le consortium formé par Orange, Iliad (Free) et Bouygues Telecom à Patrick Drahi, d’un montant de 17 milliards d’euros pour le rachat de SFR. Cette offre a été immédiatement rejetée par le dirigeant d’Altice. Dans ce contexte, est-ce que l’attente va bientôt prendre fin ? Le consortium a confirmé récemment des discussions en cours avec Altice concernant l’acquisition potentielle d’une part significative des activités de SFR. Pour ce faire, ils envisagent d’augmenter leur offre initiale de 3 milliards, atteignant ainsi 20 milliards d’euros, ce qui valoriserait les activités télécoms d’Altice à environ 23 milliards d’euros, rapporte TopTribune.

Cependant, il est possible que cette nouvelle offre ne soit rien de plus qu’un test. En s’alignant à moins de 23,6 milliards d’euros de valorisation, elle ne permettrait pas de lever le droit de veto des créanciers de Patrick Drahi concernant la vente de ses actifs. Ainsi, cette stratégie pourrait être perçue comme une tentative délibérée de présenter une offre insuffisante, anticipant un refus ou espérant que la fatigue des actionnaires les contraindra à accepter un prix réduit. Cela va à l’encontre de la pression exercée par le consortium pour obtenir une consolidation du marché des télécoms, ce qui justifiait leur première offre en octobre.

Pourquoi maintenant cette réévaluation de l’offre ? Durant ces semaines d’attente, Drahi a intensifié la pression, fatigué par l’absence d’une proposition concrète. Il envisagerait de vendre les meilleurs actifs de SFR afin de réduire une partie de la dette d’Altice, qui s’élève à 15,5 milliards d’euros. Parmi les options, se séparer de SFR Business ou de Netco, le réseau de fibre dans les grandes villes, pourrait intervenir, des offres d’intérêt pour ces divisions ayant déjà été reçues. De plus, en 2025, Drahi avait précédemment vendu Intelcia, leader marocain des centres d’appels, ayant réussi à décupler son chiffre d’affaires, ainsi qu’Infracos, une filiale de tours télécoms.

Le consortium semble ainsi miser sur une stagnation des négociations pour faire baisser les prix. Les trois opérateurs parient sur un affaiblissement des résultats de SFR, tandis que les ventes d’Altice France ont accusé une diminution à la fin du troisième trimestre 2025, accompagnée d’une chute de son résultat opérationnel. Si cette tendance se maintient en 2026, le consortium met en garde : l’offre « ne sera pas la même dans un an ».

L’autorité de la concurrence siffle la fin de la récréation

L’Autorité de la concurrence (ADLC) a désigné la vente de SFR comme un dossier crucial pour les mois à venir. Le président de l’autorité antitrust, Benoît Coeuré, a souligné au début de l’année que le processus prendra du temps, nécessitant une phase d’examen approfondi pouvant durer jusqu’à dix-huit mois. Il a déclaré qu’il apparaissait « très improbable que le dossier puisse aboutir avant la fin de l’année 2026 », tout en émettant un avertissement clair sur le fait que le statu quo ne serait pas une solution.

Le coup de pression exercé par Benoît Coeuré fera-t-il mouche ? L’avenir le dira, mais il semble acquis que toutes les parties impliquées devront conclure l’opération avant l’élection présidentielle de 2027, car cela pourrait rapidement devenir un sujet de manipulation politique préjudiciable. Ce compte à rebours est omniprésent dans l’esprit des acteurs et observateurs de l’affaire, et des membres du consortium signalent avoir reçu des appels d’analystes, de journalistes et même de l’État, pour comprendre ce qui cause ce retard. Pour mener à bien un deal, il est donc urgent de trouver un terrain d’entente.

Les salariés et clients de SFR pris en étau

Cette indécision prolongée a également un impact néfaste sur les employés et les clients de SFR. Les syndicats de l’entreprise expriment leur irritation face au manque d’urgence de la part du consortium : « sommes-nous des fruits et des légumes périssables que l’on balance une fois arrivés à maturité ? », s’interroge Olivier Lelong, délégué syndical CFDT, dans les colonnes du Monde. La CFE-CGC Télécoms dénonce également l’absence de compassion exprimée par les directions d’Orange, Bouygues et Free envers les employés de SFR.

Ce malaise se ressent également dans les points de vente, où les employés sont fréquemment interrogés par des clients inquiets : « vous avez des clients qui viennent en boutique pour nous demander quand nous allons fermer ». L’attentisme du consortium n’étant pas tenable à long terme, il risque d’alimenter les craintes concernant les véritables motivations des acheteurs, qu’il s’agisse de renforcer le marché français pour favoriser des investissements dans la fibre et la 4G, ou d’augmenter leurs profits en tirant les prix vers le bas.

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