L’Assemblée nationale examine, ce vendredi, une proposition de loi très critiquée par une partie de la classe politique. Si elle est adoptée, le gouvernement prévoit une entrée en vigueur dès le mois de mai prochain, rapporte TopTribune.
Une mesure qui suscite de vives controverses. L’autorisation pour les salariés de certains commerces de travailler le 1er mai – jour historiquement férié et chômé, symbole des luttes sociales – sera au cœur des débats ce 10 avril à l’Assemblée nationale. Adoptée par le Sénat l’été dernier, cette proposition de loi, portée par des sénateurs centristes et soutenue par l’exécutif, fait face à une forte opposition de la part des syndicats et de la gauche.
Un texte pour assouplir les règles du Code du travail
Le Code du travail stipule clairement que « le 1er mai est un jour férié et chômé ». Toutefois, des exceptions existent, permettant à des artisans comme les boulangers ou les fleuristes d’ouvrir sous certaines conditions. En vertu de la nouvelle proposition, portée par l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, ce cadre serait élargi pour permettre aux salariés de travailler dans des « commerces de bouche de proximité », tels que les boulangeries, pâtisseries et bouchers, ainsi que dans des établissements culturels comme les cinémas et théâtres. En revanche, les grandes surfaces et les magasins d’outillage seraient exclus. Les salariés prêts à travailler ce jour-là seraient rémunérés au double, mais leur refus ne pourrait pas entraîner de sanction ou de licenciement.
Une entrée en vigueur rapide
Les débats sur ce texte ont débuté dès 9 heures, avec une centaine d’amendements à l’ordre du jour, et un vote est prévu aux alentours de 17h30, selon l’AFP. En cas d’adoption, le gouvernement envisage de rendre cette mesure applicable dès le prochain 1er mai 2026, a déclaré le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Il a affirmé que l’objectif n’était pas de remettre en question le caractère chômé du 1er mai pour la majorité des travailleurs en France, mais de « sécuriser le cadre existant ».
Les principaux syndicats opposés
De leur côté, les syndicats s’opposent fermement à cette initiative. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a déclaré sur France Inter que le 1er mai représente « une journée emblématique du droit des travailleurs ». Elle argue que si la France venait à supprimer ce jour férié, cela enverrait un signal négatif à l’échelle mondiale. Elle craint que ce changement ne reproduise les problèmes rencontrés concernant le travail dominical, en affirmant qu’il n’y a « ni volontariat, ni majoration ».
La CFDT partage ce point de vue. Sa secrétaire générale, Marylise Léon, a réitéré sur TF1 que cette journée est spéciale et « où l’on célèbre les travailleurs ». Elle doute de la possibilité d’un véritable choix pour les salariés, soutenant que les employeurs pourraient dire : « Si tu ne viens pas, je ne peux pas ouvrir ». La CGT, FSU, Solidaires et FO Ile-de-France ont appelé à un rassemblement ce matin près de l’Assemblée nationale pour manifester leur opposition.
Les partis politiques divisés
Le texte divise également le paysage politique, notamment à gauche. Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Ecologiste et social à l’Assemblée nationale, a affirmé sur Franceinfo qu’ils sont résolus à « faire échouer ce texte ». Les partisans de cette proposition semblent ignorer les « relations de domination » au sein des entreprises. Thomas Portes, député de LFI, a rappelé que le travail dominical, initialement présenté comme volontaire, s’est souvent matérialisé en obligation. De son côté, le Parti socialiste a lancé une initiative en ligne pour protéger le 1er mai des « attaques macronistes ».
À droite, le soutien à cette mesure est appréciable. Cependant, le Rassemblement national, bien que discret, devrait également donner son approbation, ce qui place ses députés dans un « rôle d’arbitre » au sein de cette controverse, selon les analyses de Les Echos.