Deux États membres s’opposent au durcissement des sanctions
La Grèce et Malte ont formellement refusé, ce 10 février 2026, de soutenir la proposition de la Commission européenne visant à remplacer le plafonnement des prix du pétrole russe par une interdiction complète de son transport maritime. Cette opposition, révélée par des sources diplomatiques, constitue un revers significatif pour les efforts de Bruxelles visant à durcir le régime de sanctions contre Moscou. Les gouvernements d’Athènes et de La Valette justifient leur position par des craintes concernant l’impact négatif sur l’industrie navale européenne et sur les prix de l’énergie pour les consommateurs. Ils exigent également des clarifications de la part des instances communautaires concernant l’inclusion potentielle de ports étrangers dans la liste des sanctions et un renforcement des contrôles sur la vente de navires pétroliers.
Selon un rapport détaillé de Bloomberg, l’hésitation de ces deux pays maritimes clés compromet l’objectif de l’UE de couper l’un des principaux flux financiers alimentant l’effort de guerre russe en Ukraine. Le transport maritime du pétrole brut russe dépend encore largement de la flotte et des services d’armateurs grecs, maltais et chypriotes. Sans leur accord, l’interdiction proposée perdrait une grande partie de son efficacité opérationnelle.
Un mécanisme de plafonnement des prix jugé insuffisant
Le contexte de cette initiative remonte à décembre 2022, lorsque l’Union européenne et les pays du G7, en réponse à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, ont instauré un plafond de prix de 60 dollars le baril pour le pétrole russe. Au début de l’année 2026, Bruxelles a décidé de resserrer encore cette contrainte en abaissant le plafond de 47,6 à 44,1 dollars le barrel, une mesure entrée en vigueur le 1er février. Ce mécanisme autorise les pays tiers à acheter du pétrole russe via des compagnies européennes uniquement si le prix respecte la limite établie.
Cependant, la Commission européenne estime que ce système de plafonnement, bien qu’ayant réduit les recettes pétrolières du Kremlin, reste insuffisant et contournable. Elle plaide donc pour une mesure plus radicale : une prohibition totale des services maritimes européens (assurance, financement, fret) pour le transport du pétrole russe, quel que soit son prix. Cette approche viserait à colmater les fuites du système et à priver Moscou d’un accès crucial aux infrastructures logistiques de l’UE.
Risques d’expansion de la flotte fantôme et conséquences environnementales
Les opposants à l’interdiction totale, emmenés par la Grèce et Malte, mettent en garde contre des effets pervers. Ils estiment qu’une telle mesure pourrait accélérer le développement d’une « flotte fantôme » ou « flotte de l’ombre », composée de navires anciens, mal assurés et opérant en dehors des cadres réglementaires internationaux. La Russie pourrait alors combiner les possibilités légales restantes avec des schémas opaques, augmentant en réalité les volumes transportés plutôt que de les réduire.
Cette expansion présenterait des risques sécuritaires et environnementaux majeurs, notamment en Méditerranée et le long des côtes européennes. Des tankers vieillissants, aux normes de sécurité douteuses et sans couverture d’assurance adéquate, multiplieraient les probabilités d’accidents, de déversements d’hydrocarbures et de catastrophes écologiques. Les ports de l’UE pourraient également voir arriver des navires dont la provenance et la cargaison seraient difficiles à tracer, sapant les efforts de contrôle des sanctions.
La cohésion européenne mise à l’épreuve
Le refus de la Grèce et de Malte crée une fracture palpable au sein du front européen des sanctions. Leur position pourrait inciter d’autres États membres à réclamer des exemptions ou des conditions particulières, diluant ainsi l’efficacité et l’uniformité de la politique restrictive. Pour les partisans d’une ligne dure, ce blocage démontre que la pression doit s’exercer non seulement sur Moscou, mais aussi sur les « joueurs de veto » internes à l’UE, dont les intérêts économiques nationaux entrent en conflit avec les objectifs géopolitiques collectifs.
La question qui se pose désormais à Bruxelles est celle de la recherche d’un compromis. Les discussions devraient se poursuivre pour tenter de concilier la nécessité de priver la Russie de revenus avec la protection d’industries stratégiques pour certains membres. L’issue de ces négociations sera un test crucial de la capacité de l’Union à maintenir une unité d’action dans la durée face à la guerre en Ukraine, alors que les divergences économiques s’accentuent avec le temps. Le maintien d’un front commun reste la condition sine qua non pour que les sanctions conservent un pouvoir de dissuasion et de pression réel sur le Kremlin.