Budapest dénonce une rupture stratégique tandis que l’UE accélère sa sortie du gaz russe
Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a affirmé que Bruxelles « détruisait la sécurité énergétique de l’Europe » en réduisant progressivement l’accès du continent aux hydrocarbures russes. S’exprimant le 27 novembre 2025, il a déclaré que « l’Union européenne, armée d’un immense marteau, est en train de démanteler la sécurité énergétique du continent en se coupant de l’énergie russe ». Selon lui, l’UE ignore la réalité des infrastructures nationales et les contraintes géographiques de certains États membres, notamment la Hongrie, « qui ne peut se couper des sources russes » du fait de son positionnement et de son réseau énergétique.
Szijjártó a également rappelé que l’exemption accordée à Budapest dans le cadre des sanctions américaines visant le pétrole et le gaz russes restera en vigueur tant que le président américain Donald Trump et le Premier ministre Viktor Orbán demeureront au pouvoir. Cette exemption fait suite à l’accord conclu à Washington le 7 novembre 2025, après que les États-Unis eurent sanctionné Rosneft et Lukoil à la suite de l’échec des tentatives américaines de médiation avec Moscou.
Une dépendance hongroise structurelle aux énergies russes
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’Union européenne a engagé un processus de sortie progressive du gaz et du pétrole russes. Mais la Hongrie — au même titre que la Slovaquie — reste l’un des États les plus dépendants. En 2024, 74 % du gaz importé par Budapest provenait de Russie, tout comme 86 % du pétrole consommé. Cette dépendance limite considérablement les marges de manœuvre du gouvernement Orbán dans sa relation avec le Kremlin.
En contrepartie, les rabais appliqués par Moscou permettent au gouvernement hongrois de maintenir les prix du gaz et de l’électricité parmi les plus bas de l’UE. Cet avantage constitue un pilier essentiel de la politique sociale d’Orbán et un instrument d’influence majeur dans la perspective des élections législatives du printemps 2026. Cependant, cette stratégie repose sur une vulnérabilité structurelle : elle expose Budapest à la pression politique du Kremlin et fragilise sa souveraineté énergétique.
Une position qui isole Budapest au sein de l’UE
Les critiques de Szijjártó visent également à légitimer la politique de Budapest, qui cherche à préserver ses liens privilégiés avec Moscou. Ces déclarations interviennent alors que le Conseil de l’UE a approuvé le 20 octobre 2025 une interdiction progressive des importations russes de gaz à partir du 1ᵉʳ janvier 2026, avec la perspective affichée de ne jamais revenir au gaz russe, même en cas de traité de paix. Viktor Orbán a, dans la foulée, annoncé son intention de poursuivre l’Union devant la justice européenne pour contester cette décision.
La contestation hongroise illustre un clivage politique profond : plusieurs responsables européens estiment que les positions de Budapest sapent l’unité de l’UE en matière de sanctions. Les critiques occidentales rappellent que les avantages tarifaires accordés par Moscou « ont un prix politique » : la Hongrie adopte fréquemment des positions favorables au Kremlin, bloque des paquets de sanctions ou s’oppose à la hausse de l’aide militaire à l’Ukraine. Certains dirigeants européens ont d’ailleurs qualifié Orbán de « cheval de Troie » de Moscou au sein de l’Union.
Les limites et les risques d’un modèle énergétique reposant sur Moscou
La dépendance hongroise pose un problème stratégique : elle rend Budapest sensible à un éventuel chantage énergétique de la Russie et fragilise la stabilité économique du pays. Les experts estiment que la diversification des sources reste indispensable pour réduire cette vulnérabilité. L’UE prévoit déjà une sortie totale du gaz russe d’ici 2027, tandis que des responsables américains, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, ont rappelé que l’exemption accordée par Washington n’était que temporaire.
Avant sa visite aux États-Unis, la compagnie pétrolière MOL avait confirmé la faisabilité technique d’une réduction de la dépendance grâce au pipeline Adria, reliant la Hongrie à la Croatie. Cette alternative démontre que l’indépendance énergétique hongroise est atteignable. Toutefois, le gouvernement d’Orbán ne manifeste pas, pour l’instant, la volonté politique de s’engager sur cette voie, au risque de prolonger une situation qui affaiblit tant sa sécurité que sa crédibilité au sein de l’Union européenne.