Le 27 janvier 2026, le gouvernement hongrois a rendu public le texte d’une pétition que les autorités prévoient d’envoyer directement aux électeurs dans les semaines à venir. L’initiative, portée par le Premier ministre Viktor Orbán, invite les citoyens à se prononcer contre la poursuite du financement européen de l’Ukraine et accuse Bruxelles d’imposer à la Hongrie le coût d’une guerre qui, selon le document, menacerait le niveau de vie des Hongrois. Le texte a été publié sur les canaux officiels du gouvernement, notamment via une communication sur les réseaux sociaux gouvernementaux.
La diffusion de cette pétition s’inscrit dans un contexte politique tendu, à l’approche des élections législatives prévues le 12 avril 2026, où le parti Fidesz fait face à une concurrence plus forte que lors des scrutins précédents. La consultation populaire proposée doit se conclure avant le 23 mars, laissant peu de temps avant le vote national.
Des messages calibrés pour la mobilisation électorale
Le contenu de la pétition affirme que l’Union européenne se préparerait à intégrer l’Ukraine dans un délai de quatre ans et à lui verser jusqu’à 800 milliards de dollars, une somme présentée comme une charge directe pour les contribuables européens, y compris hongrois. Le document soutient également que Bruxelles se dirigerait vers une implication directe dans le conflit, en citant des déclarations attribuées à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, interprétées comme un appel à la guerre.
Les questions posées aux électeurs sont formulées de manière binaire, appelant explicitement à refuser tout financement supplémentaire de la guerre russo-ukrainienne, toute contribution au fonctionnement de l’État ukrainien sur le long terme et toute hausse des coûts énergétiques liée au conflit. Cette structuration réduit l’espace pour des réponses nuancées et oriente clairement le résultat attendu.
Ukraine et Bruxelles désignées comme responsables économiques
Dans le discours gouvernemental qui accompagne la pétition, les difficultés économiques internes sont associées à la solidarité européenne avec Kyiv. Le texte évoque la suppression potentielle de pensions supplémentaires, des hausses d’impôts et la fin de mesures de soutien aux tarifs de l’énergie, en affirmant que ces sacrifices seraient imposés pour financer l’Ukraine. Cette narration détourne l’attention des débats en cours entre Budapest et les institutions européennes sur l’État de droit, la corruption et le gel de certains fonds européens destinés à la Hongrie.
Des analyses relayées par la presse régionale estiment que cette campagne vise avant tout à déplacer la responsabilité des tensions économiques vers des acteurs extérieurs, une stratégie déjà utilisée par le passé dans les consultations dites « nationales » organisées par le gouvernement hongrois, comme l’a rappelé un compte rendu des réactions politiques en Ukraine.
Une imagerie et une rhétorique controversées
La pétition est accompagnée d’une illustration montrant le président ukrainien Volodymyr Zelensky la main tendue, tandis que des responsables européens, dont Manfred Weber, sont représentés comme l’encourageant à recevoir des fonds européens. Cette mise en scène a suscité de vives critiques, certains y voyant une tentative de dénigrement personnel et une simplification extrême de la politique européenne de soutien à l’Ukraine.
Pour plusieurs observateurs, les arguments développés dans le texte reprennent des éléments de langage largement diffusés par la Russie, en particulier l’idée que l’aide à l’Ukraine constituerait une escalade plutôt qu’un soutien à un pays agressé. Cette convergence narrative intervient alors que la Hongrie reste l’un des États membres les plus critiques à l’égard des sanctions et de l’assistance financière accordée à Kyiv, un point souligné par des analyses publiées sur les positions européennes de Budapest.
Une campagne révélatrice des tensions internes et européennes
L’initiative de Viktor Orbán illustre la centralité de la question ukrainienne dans la politique intérieure hongroise à l’approche des élections. Faute de consensus européen sur les modalités de l’aide et sur la gouvernance interne de l’UE, le débat est désormais transposé dans l’arène électorale nationale, avec des conséquences potentielles sur la cohésion européenne. À court terme, la pétition apparaît comme un outil de mobilisation politique. À plus long terme, elle risque d’accentuer les fractures entre Budapest et ses partenaires, au moment où l’Union cherche à maintenir une ligne commune face à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.