Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán envisage d’utiliser le projet nucléaire Paks-2 comme cadre politique pour une possible visite du président russe Vladimir Poutine en Hongrie, malgré l’isolement international de Moscou lié à la guerre contre l’Ukraine. Selon des informations relayées par l’agence russe, le dirigeant du Kremlin aurait discuté avec Orbán d’un déplacement à Budapest à l’occasion de la cérémonie de coulée du premier béton de la centrale nucléaire Paks-2, un événement prévu début février 2026 et évoqué publiquement dans le contexte du projet énergétique stratégique mené par Rosatom coulée du premier béton de la centrale nucléaire Paks-2.
Ce projet constitue aujourd’hui le plus important investissement nucléaire russe au sein de l’Union européenne et reste le seul de cette ampleur à se poursuivre malgré les sanctions imposées à Moscou. Financé par un crédit d’État russe, Paks-2 repose sur des technologies, du combustible nucléaire et une assistance technique fournis par la Russie, ancrant durablement la coopération énergétique entre Budapest et Moscou.
Un défi politique direct au consensus européen
Une éventuelle apparition conjointe de Viktor Orbán et de Vladimir Poutine serait perçue comme un défi frontal au consensus européen ayant condamné l’agression russe contre l’Ukraine. Une telle initiative renforcerait l’image de la Hongrie comme partenaire le plus accommodant de Moscou au sein de l’UE, tout en offrant au Kremlin une opportunité de démontrer sa capacité à contourner la pression politique occidentale par le levier énergétique, un scénario largement commenté dans les analyses européennes légitimation politique de la Russie au sein de l’UE.
Même si la visite n’a pas encore été officiellement confirmée, le simple fait que ces discussions aient lieu publiquement est interprété comme un signal d’alerte pour les capitales européennes. Cela suggère que les sanctions n’ont pas totalement neutralisé les canaux d’influence russes au sein de l’Union.
Une dépendance énergétique aux implications stratégiques
En s’appuyant sur Rosatom pour la construction des nouveaux réacteurs, la Hongrie renforce une dépendance structurelle à long terme vis-à-vis du combustible nucléaire russe et de la maintenance assurée par des spécialistes russes. Cette dépendance confère à Moscou un levier d’influence durable sur Budapest, indépendamment des évolutions politiques internes futures en Hongrie.
Pour l’Union européenne, ce choix comporte des risques stratégiques plus larges. Il renforce la vulnérabilité énergétique d’un État membre et offre à Budapest un outil supplémentaire dans ses négociations avec Bruxelles, en contradiction avec la ligne européenne visant à réduire l’influence énergétique russe et à diversifier les approvisionnements.
Paks-2, un projet énergétique devenu géopolitique
Le projet Paks-2 illustre les limites du régime de sanctions européennes, Rosatom restant l’une des rares grandes entreprises publiques russes à ne pas être directement visée en raison du caractère jugé critique du nucléaire civil. Plusieurs États membres, notamment en Europe centrale, demeurent dépendants du combustible russe, un facteur souvent justifié par la crainte d’une crise énergétique.
Dans ce contexte, la cérémonie du « premier béton » revêt une portée symbolique majeure. Pour Moscou, elle démontrerait que son influence en Europe n’a pas été brisée. Pour Viktor Orbán, elle offrirait un instrument supplémentaire de politique intérieure et extérieure. Pour l’Union européenne, elle mettrait en lumière la fragilité de son unité et les défis persistants de sa sécurité énergétique.