Des organisations russes opposées à la guerre et engagées pour la démocratie demandent aux gouvernements européens de limiter les activités des centres « Maison russe », placés sous l’égide de Rossotrudnichestvo, et de les remplacer par des espaces indépendants consacrés à la culture, à l’éducation, au journalisme et à l’aide aux personnes persécutées par les autorités russes, rapporte TopTribune.
Les signataires soutiennent l’appel lancé par le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, aux gouvernements des pays démocratiques. Celui-ci les a invités à examiner les activités des centres « Maison russe » installés à l’étranger et à envisager la fermeture de ces structures ou la limitation de leurs missions.
Leur proposition se veut distincte d’une quelconque remise en cause de la langue russe, de la culture ou de la présence de populations russophones en Europe. Pour ces organisations, la question porte d’abord sur le contrôle de ces lieux et sur les intérêts politiques auxquels ils servent.
Une distinction entre la culture russe et l’État
Dans leur déclaration, les organisations russes démocratiques estiment que les « Maisons russes » ne représentent pas l’ensemble de la société russe. Elles les associent à l’appareil d’État d’un pays qui mène une guerre contre l’Ukraine et cherche à préserver son influence politique et informationnelle à l’étranger.
Les signataires contestent ainsi le monopole de Moscou sur la représentation des millions de Russes vivant hors de Russie. Ils rappellent que la langue russe, la littérature, les arts et le patrimoine culturel ne relèvent pas de la propriété de l’État russe.
Le Kremlin, ajoutent-ils, ne peut pas parler au nom de tous les Russes, notamment de ceux qui condamnent la guerre, l’autoritarisme et les répressions politiques en Russie. Cette distinction constitue le point de départ de leur proposition adressée aux gouvernements européens et aux autres pays démocratiques.
Les auteurs de l’appel mettent aussi en garde contre les effets d’une fermeture qui ne serait accompagnée d’aucune alternative. La disparition de centres publics russes pourrait, selon eux, laisser un espace disponible pour d’autres structures liées à Moscou. Ils proposent donc de remplacer les organismes d’influence étatique par une infrastructure indépendante issue de la société civile russe et de ses partenaires dans les pays d’accueil.
Des espaces indépendants pour la culture et l’exil
Les « Maisons de la démocratie » seraient créées par des organisations démocratiques russes en coopération avec des associations des pays concernés. Leur fonctionnement devrait être indépendant du Kremlin, soumis aux lois locales et placé sous le contrôle de la société civile.
Ces centres pourraient soutenir la culture russe indépendante et les initiatives russophones qui ne dépendent pas des autorités de Moscou. Ils pourraient également proposer des programmes éducatifs et de sensibilisation, préserver le journalisme russe indépendant et organiser des débats sur l’avenir démocratique de la Russie.
La liste des missions envisagées comprend aussi l’aide aux prisonniers politiques et aux militants poursuivis par les autorités russes, ainsi que l’accompagnement des réfugiés et des exilés. Les promoteurs du projet citent encore le développement du dialogue entre Russes, Ukrainiens et sociétés européennes.
Pour les signataires, ce modèle permettrait de séparer le soutien aux personnes russophones de toute coopération avec les structures de l’État russe. Ils le présentent également comme un moyen de réduire le risque que des projets culturels soient utilisés pour exercer une influence politique ou diffuser des récits du Kremlin.
Un appel à vérifier les activités de Rossotrudnichestvo
Les organisations demandent aux gouvernements européens et aux autres États démocratiques d’examiner le fonctionnement de Rossotrudnichestvo et de son réseau de « Maisons russes ». Elles souhaitent que cette évaluation porte sur la sécurité nationale, la transparence des financements et le risque d’ingérence étrangère.
Dans le même temps, elles appellent à soutenir les structures du civisme démocratique russe qui travaillent en dehors du contrôle de l’État russe. Ces organisations devraient pouvoir mener leurs activités dans le respect du droit des pays qui les accueillent et sans être assimilées aux institutions officielles de Moscou.
La déclaration insiste sur la nécessité d’éviter toute responsabilité collective. Le rejet des structures contrôlées par le Kremlin ne doit pas, selon ses auteurs, se transformer en suspicion envers les personnes qui parlent russe, les citoyens russes installés en Europe ou les opposants ayant quitté leur pays.
Les signataires établissent donc une séparation entre l’État russe, qui mène la guerre contre l’Ukraine, et les Russes qui s’opposent à l’agression et à l’autoritarisme. Ils considèrent que des lieux indépendants pourraient favoriser l’intégration, le dialogue public et la lutte contre la désinformation sans confondre la culture russe avec la politique du gouvernement russe.
Une initiative portée par des organisations de plusieurs pays
L’appel a été signé par La Asociación de Rusos Libres en Espagne, Database of War Supporters « Nuremberg Trial 2.0 » au Canada, Russians for Freedom and Democracy, Associazione dei Russi Liberi in Italia, le projet de défense des droits « Iskra », Russie-Libertés en France, la communauté démocratique russe à Chypre, Russian America for Democracy in Russia, Freies Russland NRW, Russi Contro La Guerra Italia, la communauté démocratique russophone en Finlande, Antiwar Serbia et Russian Democratic Society au Royaume-Uni.
Parmi les signataires individuels figurent Marat Gelman, Dmitri Goudkov, Elena Loukianova, Maksim Reznik et Anastasia Chevtchenko. Leurs noms apparaissent aux côtés d’organisations actives en Europe et en Amérique du Nord.
La proposition ne demande donc pas de fermer l’accès à la langue ou à la culture russes. Elle invite les gouvernements à choisir entre des structures rattachées à l’État qui mène la guerre et des lieux portés par une société civile russe indépendante, avec des activités culturelles, éducatives, journalistiques et démocratiques.
La question posée aux gouvernements européens reste celle du cadre dans lequel ils souhaitent travailler avec les communautés russophones : des organismes contrôlés par l’État russe ou des associations indépendantes qui défendent la paix et la démocratie.
