La Russie brandit la menace de mesures « militairement techniques » face aux ambitions américaines
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a averti que Moscou prendrait des « contre-mesures adéquates, y compris militairement techniques » en cas de militarisation du Groenland et de création de capacités militaires dirigées contre la Russie. Cette déclaration, faite le 11 février 2026, intervient dans un contexte de vives tensions autour de l’avenir stratégique de l’Arctique et des ambitions affichées par l’administration américaine concernant le vaste territoire autonome danois.
L’annonce de Lavrov constitue une réponse directe aux récentes déclarations du président américain Donald Trump, qui a multiplié les affirmations sur la nécessité pour les États-Unis d’acquérir un contrôle sur le Groenland. Trump justifie cette volonté par des impératifs de sécurité nationale, évoquant la nécessité d’y déployer le système de défense antimissile « Dôme doré », de sécuriser l’accès à des minerais critiques et de contrer l’influence croissante de la Russie et de la Chine dans la région arctique. Le président américain a même laissé entendre, après une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte à Davos, qu’un accord à long terme était proche.
Un enjeu de souveraineté qui préoccupe Copenhague
La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a réagi avec prudence à ces développements. Le 22 janvier, elle a rappelé les « lignes rouges » concernant la souveraineté du Groenland, tout en indiquant que le Danemark était ouvert à discuter avec Washington des moyens de renforcer la coopération en matière de sécurité dans l’Arctique. Cette position équilibrée reflète les dilemmes de Copenhague, partagée entre sa relation traditionnelle avec les États-Unis et la nécessité de respecter l’autonomie groenlandaise dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.
La déclaration de Sergeï Lavrov s’inscrit dans une rhétorique plus large du Kremlin visant à présenter la Russie comme une puissance encerclée, confrontée à des menaces multidirectionnelles. En brandissant la possibilité de mesures militaires dans l’Arctique, Moscou poursuit plusieurs objectifs stratégiques : influencer l’agenda sécuritaire régional, maintenir une pression diplomatique sur Washington tout en conservant une marge de manœuvre pour d’éventuelles négociations, et justifier auprès de son opinion publique la poursuite de la militarisation de l’État.
L’Arctique, nouveau théâtre de la compétition stratégique
Pour Moscou, l’Arctique n’est pas une périphérie mais un centre névralgique de ses intérêts sécuritaires, économiques et géopolitiques. La région assure une part significative de la production d’hydrocarbures russes, abrite la route maritime du Nord et constitue la base de la flotte du Nord ainsi que de composantes clés de la dissuasion nucléaire. Toute activité perçue comme menaçant cette position dominante est analysée comme un défi à long terme nécessitant une réponse ferme.
Le recours au discours sur la « paix et la coopération » dans l’Arctique, tout en proférant des menaces implicites, est caractéristique de la diplomatie russe contemporaine. Cette approche permet de créer un espace pour une escalade rapide sans annoncer officiellement de changement de cap, tout en brouillant les cartes dans l’espace informationnel. Pour les capitales européennes, cette dualité verbale exige une vigilance accrue pour distinguer les déclarations de principes des intentions réelles du Kremlin, particulièrement dans le contexte de la guerre continue en Ukraine.
La situation au Groenland illustre ainsi comment des régions éloignées, longtemps considérées comme des zones de coopération limitée malgré les tensions globales, deviennent progressivement des champs de compétition stratégique entre grandes puissances. Les prochaines semaines révéleront si les déclarations de Lavrov restent au stade de la rhétorique ou si elles préfigurent des actions concrètes dans l’espace arctique, avec des conséquences potentielles pour la stabilité régionale et les équilibres géopolitiques mondiaux.