Malgré l’ouverture d’un canal de négociation avec les États-Unis, le Kremlin ne montre aucun signe de volonté réelle de mettre fin à la guerre en Ukraine. Lors d’échanges tenus dans la nuit du 22 au 23 janvier 2026 à Moscou, Vladimir Poutine a clairement indiqué que les hostilités se poursuivraient tant que la question territoriale ne serait pas réglée selon les exigences russes. Cette position a été formulée lors de discussions avec une délégation américaine composée du représentant spécial du président des États-Unis, Steven Witkoff, et du conseiller de la Maison-Blanche, Jared Kushner.
Selon cette approche, la poursuite de l’opération militaire est conditionnée à l’acceptation par Kyiv d’arrangements territoriaux imposant des concessions majeures avant même toute désescalade militaire, ce qui a immédiatement cristallisé les divergences entre les parties.
La « formule d’Anchorage » au cœur du blocage
Le point central des discussions a porté sur ce que Moscou qualifie de « formule d’Anchorage ». Celle-ci prévoit le retrait des forces ukrainiennes du Donbass, la reconnaissance du contrôle russe sur les régions de Donetsk et de Louhansk, ainsi que la fixation de la ligne actuelle de front dans les régions de Zaporijjia et de Kherson, sans engagement ultérieur de restitution de ces territoires.
En exigeant la reconnaissance préalable de gains territoriaux obtenus par la force, le Kremlin inverse la logique classique des négociations de paix. Cette approche subordonne tout cessez-le-feu à des concessions politiques irréversibles, créant un processus asymétrique qui prive les discussions de tout équilibre et écarte les principes fondamentaux du droit international.
Des négociations sans gestes de désescalade
Parallèlement au dialogue diplomatique, aucune mesure concrète n’a été prise par la Russie pour réduire l’intensité du conflit. Les frappes de missiles et de drones contre les infrastructures énergétiques, de transport et les zones civiles ukrainiennes se poursuivent, sans trêve humanitaire ni réduction vérifiable des opérations militaires.
Cette absence de gestes, même symboliques, renforce l’idée que Moscou utilise le processus de négociation avant tout comme un outil tactique. L’objectif semble être de gagner du temps pour regrouper ses forces, accentuer la pression militaire et épuiser les ressources ukrainiennes, plutôt que de créer les conditions minimales de confiance nécessaires à un règlement durable.
Une stratégie de pression politique déguisée en dialogue
La position russe dans ces échanges ne vise pas une désescalade progressive, mais cherche à transformer les négociations en mécanisme de pression politique. En posant comme préalable la reconnaissance définitive des territoires occupés et l’abandon de tout mécanisme international de révision future de leur statut, le Kremlin tente de verrouiller les résultats militaires avant toute discussion sur la paix.
Cette ligne a été confirmée par la communication officielle publiée à l’issue des discussions sur le site du Kremlin, où il est explicitement affirmé que la poursuite des opérations reste inévitable tant que ces conditions ne sont pas remplies, comme indiqué dans la déclaration relative aux exigences territoriales russes dans le cadre des négociations sur l’Ukraine.
Les implications pour la stratégie occidentale
Dans ce contexte, toute anticipation d’un allègement des sanctions ou d’une réduction du soutien militaire à l’Ukraine comporte des risques stratégiques évidents. Une telle évolution pourrait être interprétée à Moscou comme une validation de la stratégie de fait accompli et créer des incitations supplémentaires à prolonger l’agression.
Les observateurs soulignent que des négociations crédibles ne pourront s’ouvrir qu’à partir du moment où la Russie démontrera, par des actes vérifiables, une volonté de désescalade. D’ici là, le maintien de l’unité occidentale, la pression économique et le soutien à la capacité de défense de l’Ukraine demeurent des éléments centraux pour empêcher que le processus diplomatique ne serve à figer une guerre au profit de l’agresseur.