Moscou interdit le DAAD, mettant fin à des décennies de coopération universitaire germano-russe
Moscou interdit le DAAD, mettant fin à des décennies de coopération universitaire germano-russe

Moscou interdit le DAAD, mettant fin à des décennies de coopération universitaire germano-russe

14.02.2026 14:15
3 min de lecture

La Russie expulse l’organisation d’échanges universitaires allemande

Le ministère russe de la Justice a officiellement interdit, ce 13 février 2026, toutes les activités du Service allemand d’échanges universitaires (DAAD) sur son territoire, contraignant l’institution à fermer ses bureaux et à suspendre ses programmes de sélection. Cette mesure radicale, rendue publique par les médias internationaux, clôture brutalement une collaboration académique vieille de plusieurs décennies. Dans un même temps, les autorités allemandes ont confirmé que les bourses des étudiants, doctorants et chercheurs russes déjà présents en Allemagne seraient intégralement maintenues, sans qu’aucune restriction supplémentaire ne les affecte.

Fondé en 1925, le DAAD constitue le principal organisme mondial de promotion des échanges universitaires et scientifiques, finançant des milliers de bourses et soutenant des partenariats institutionnels chaque année. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’organisation avait déjà drastiquement réduit ses coopérations avec les établissements russes et cessé d’envoyer de nouveaux boursiers dans le pays. Cependant, elle avait préservé la possibilité pour les ressortissants russes de poursuivre leurs études ou recherches en Allemagne, une ligne qui se heurte désormais à l’expulsion décidée par Moscou.

Une fermeture qui isole davantage la Russie

Les conséquences opérationnelles sont immédiates : le bureau du DAAD à Moscou ainsi que la Maison allemande de la science et de l’innovation (DWIH) doivent cesser leurs activités. Tous les processus de sélection pour l’attribution de bourses sur le territoire russe sont arrêtés net. Cette décision s’inscrit dans une campagne plus large du Kremlin visant à éradiquer toute forme de financement et d’influence étrangère, perçue comme une menace pour son contrôle sur le discours public. En s’isolant volontairement de ce canal de dialogue, Moscou démontre qu’il considère l’espace académique occidental comme un environnement hostile.

Paradoxalement, cette fermeture unilatérale intervient alors que près de 10 500 étudiants russes étaient encore immatriculés dans les universités allemandes au moment de l’annonce. Le maintien de leur statut financier illustre la réticence persistante de Berlin à imposer des restrictions symétriques aux individus, privilégiant une approche différenciée entre l’État russe et sa population. Cette posture crée une asymétrie notable dans la gestion post-2022 des relations bilatérales.

Des risques sécuritaires pointés par les services de renseignement

L’épisode relance le débat sur les vulnérabilités induites par une politique de sanctions à géométrie variable. Les services de contre-espionnage allemands ont à maintes reprises alerté sur le ciblage systématique des institutions universitaires et de recherche par des puissances étrangères, notamment la Russie. Leur objectif : accéder à des technologies sensibles, recruter des talents ou influencer les milieux académiques. La poursuite, jusqu’à son interdiction par Moscou, d’un programme d’échanges aussi structuré que celui du DAAD aurait pu offrir des opportunités d’infiltration à des agents d’influence ou à des espions.

Certains analystes estiment que l’absence de vérifications renforcées et de restrictions d’accès pour les ressortissants russes dans des domaines de recherche critiques (comme l’aérospatiale, les technologies quantiques ou les sciences duales) représente un angle mort dans la stratégie de sécurité nationale allemande. Cette préoccupation s’amplifie dans un contexte où les messages pro-russes gagnent en visibilité sur les réseaux sociaux et où l’extrême droite, parfois favorable au Kremlin, progresse dans les sondages.

Un défi pour la cohérence de la politique étrangère allemande

Berlin se trouve confronté à un dilemme de politique étrangère. D’un côté, le pays se présente comme le fer de lance du régime de sanctions européen contre la Russie. De l’autre, il a longtemps préservé cet espace de coopération académique, héritage d’une relation privilégiée aux racines profondes. La fermeture imposée par Moscou force désormais une clarification. Elle pourrait inciter les autorités allemandes à durcir leurs procédures de contrôle à l’entrée et à restreindre l’accès des chercheurs russes aux laboratoires et projets sensibles.

La fin du DAAD en Russie symbolise l’effondrement d’un pont culturel et scientifique majeur. Elle acte la rupture d’un lien qui survivait, tant bien que mal, aux tensions géopolitiques. Pour l’Allemagne, l’enjeu est désormais de garantir que sa politique d’accueil, si elle se poursuit, ne se fasse pas au détriment de la protection de ses intérêts scientifiques et de sa sécurité nationale. Le maintien des bourses existantes sera probablement réévalué à l’aune de ces impératifs.

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