L’audience s’achève mercredi avec les plaidoiries de la défense de la cheffe de file des députés RN et les derniers mots des prévenus. Plus discrète qu’au premier procès, Marine Le Pen, qui joue son avenir politique, a tenté jusqu’au bout de convaincre la cour d’appel de Paris d’infléchir sa décision, rapporte TopTribune.
Assise à côté de ses avocats, plongée dans ses notes, Marine Le Pen secoue souvent la tête et serre les dents. Elle semble contrariée, mais se tient. Cette approche, adoptée lors de son second procès concernant l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national (FN), aujourd’hui Rassemblement national (RN), contraste avec les indignations exprimées lors de l’audience précédente à l’automne 2024. Même lors de son long interrogatoire en janvier, elle a fait preuve de patience et de calme. La patronne des députés RN, qui espère toujours se présenter à la prochaine élection présidentielle, a montré une attitude humble devant la cour d’appel de Paris, consciente que le verdict défini déterminera son sort politique.
Le procès touche à sa fin quatre semaines plus tard. À présent, la parole appartient à la défense : Marine Le Pen conclut. Ses avocats plaideront sa « parfaite bonne foi » mercredi après-midi, tout en s’efforçant de renverser la situation. Bien que leur demande de relaxe soit peu probable, Sandra Chirac-Kollarik et Rodolphe Bosselut espèrent atténuer la condamnation infligée à Marine Le Pen en première instance : quatre ans de prison, dont deux fermes, une amende de 100 000 euros et cinq ans d’inéligibilité, avec l’exécution immédiate de la peine. Jusqu’à présent, ils ont obtenu pour satisfaction l’abandon de cette exécution immédiate dans les réquisitions.
Les réquisitions restent sévères malgré une légère atténuation des peines demandées. En effet, le parquet général a réclamé quatre ans de prison, dont un ferme, une amende de 100 000 euros, et cinq ans d’inéligibilité, considérant Marine Le Pen comme « la tête du système ». Elle a fermement rejeté ce terme, affirmant qu’il lui donne « le sentiment d’une manipulation ». C’est un élément central de sa stratégie de défense, soutenu par d’autres cadres du RN, bien que cela n’ait pas convaincu le ministère public.
Un des avocats généraux a déclaré : « Vous portez une lourde responsabilité d’avoir choisi de marcher dans les pas de votre père. Vous en connaissiez parfaitement les risques », qualifiant Marine Le Pen d’ »instigatrice » de « ce système qui lui a permis de détourner 1,4 million d’euros ». Pour le ministère public, l’intention provient clairement du détournement de fonds publics et de la complicité. À l’ouverture de son procès en appel, l’ancienne eurodéputée a nié l’intention de commettre l’infraction, bien qu’elle ait reconnu la réalité des faits. « Si un délit a été commis, je veux que la cour sache que nous n’avions aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit », a-t-elle déclaré en janvier, tout en accusant le Parlement européen de ne pas avoir joué son rôle d’alerte.
Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européen, a commenté : « Le mouvement de la défense a été celui-là : au lieu d’assumer, on a fait parfois le choix de se défausser sur d’autres. » Cette concession indique un changement léger dans sa stratégie de défense par rapport à son premier procès. En effet, lors de cette première audience, elle avait soutenu fermement devant une multitude de journalistes qu’elle n’avait enfreint aucune règle. Aujourd’hui, son attitude plus discrète face aux médias témoigne d’un changement.
Marine Le Pen a assisté à son procès en appel avec une retenue notable, ne partageant que quelques mots avec quelques journalistes après son interrogatoire. Elle a reconnu : « Je suis croyante, je crois toujours aux miracles. » En réponse aux réquisitions, elle a gardé un visage grave, en contraste avec ses réactions lors de l’audience précédente, où elle avait dénoncé un procès politique.
Un des avocats généraux a noté : « C’est un changement notable de tonalité » par rapport à ses déclarations de l’audience précédente. Malgré une approche plus posée, le parquet général a demandé à la cour d’appel de Paris de condamner tous les cadres du RN à nouveau jugés. Les avocats généraux ont noté que les accusés ont souvent montré une incompréhension dans leurs arguments. Ils ont même ironisé sur la situation, indiquant que certains semblaient affirmer avoir agi « à l’insu de leur plein gré ».
Les chances que Marine Le Pen et les autres cadres du RN jugés en appel obtiennent un verdict favorable semblent faibles. La présidente de la cour d’appel a affiché son scepticisme face à certaines réponses inattendues et répétitives des prévenus. Toutefois, Marine Le Pen espère obtenir une clémence, tout en nourrissant le rêve de se présenter une quatrième fois à la présidentielle.