Lutter contre la violence au Nigeria : l'Union africaine répond aux accusations de Donald Trump

Lutter contre la violence au Nigeria : l’Union africaine répond aux accusations de Donald Trump

15.11.2025 12:33
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La déclaration ferme du chef de l’Union africaine face aux accusations de Trump sur le Nigeria

Le chef de l’Union africaine a clairement exprimé son désaccord mercredi, rejetant les accusations du président américain Donald Trump selon lesquelles un « nombre record » de chrétiens seraient tués au Nigeria. « Réfléchissez à deux fois avant de faire de telles déclarations, » a déclaré Mahmoud Ali Youssouf aux journalistes au siège de l’ONU à New York. « Les premières victimes de Boko Haram sont des musulmans, pas des chrétiens, » rapporte TopTribune.

Ces commentaires semblent constituer une réponse directe à l’intérêt soudain du président Trump pour le Nigeria, associé à sa menace d’intervenir militairement dans ce pays le plus peuplé d’Afrique. Trump a désigné le Nigeria comme un « pays de préoccupation particulière » et justifie la possible intervention des États-Unis par la narrative d’un « génocide chrétien » qui a récemment gagné en popularité dans certains cercles conservateurs. Le gouvernement nigérian a fermement réagi à ces allégations, affirmant que la violence touche toutes les religions, « musulmans, chrétiens et ceux sans foi. »

En tant que plus grande économie d’Afrique et premier producteur de pétrole du continent, le Nigeria exerce une influence régionale et continentale, mais fait face à des défis constants liés à l’extrémisme et à l’insécurité intérieure. Les racines de la violence au Nigeria sont complexes et multifactorielles, allant du terrorisme islamiste à un conflit continu entre agriculteurs et éleveurs fulani.

Les relations bilatérales entre le Nigeria et les États-Unis sont compliquées, marquées par de fortes relations commerciales et de sécurité, ponctuées de périodes de friction. Au cours des deux décennies suivant le retour du Nigeria à la démocratie en 1999, le pays a été l’un des principaux bénéficiaires de l’assistance sécuritaire américaine, principalement axée sur le soutien à la lutte contre le terrorisme. Malgré ces investissements substantiels, la menace extrémiste n’a cessé de croître, particulièrement dans le nord-est du pays, où Boko Haram mène une insurrection depuis 15 ans, faisant des dizaines de milliers de morts. Les opérations militaires nigérianes, souvent perçues comme irréfléchies et incompétentes, ont aggravé la situation.

En 2009, les autorités nigérianes ont lancé une répression contre Boko Haram, alors en développement. Cette campagne a abouti à la mort de son chef, Mohammed Yusuf, et à celle de 700 personnes à Maiduguri. Cependant, Boko Haram a connu un nouveau leadership, évoluant d’un petit groupe jihadiste à un mouvement anti-étatique de grande envergure.

Les forces militaires et policières nigérianes ont continué à recourir à des tactiques brutales, entraînant davantage de pertes civiles et des accusations de violations généralisées des droits humains. Au cours de cette période, les États-Unis et le Nigeria ont entrepris des initiatives conjointes visant à renforcer la capacité institutionnelle pour protéger les civils et faire face aux défis sécuritaires. Cependant, ces efforts ont été minés par l’absence de responsabilité des violateurs des droits humains et la poursuite des ventes d’armes. En 2022, un accord pour des hélicoptères d’attaque d’une valeur de près d’un milliard de dollars est devenu la plus grande vente d’armes américaine à un pays africain.

Malgré cela, la menace islamiste ne cesse de se développer, le manque de professionnalisme de l’armée nigériane et l’absence de capacités institutionnelles nécessaires, telles que le respect de l’état de droit et les promotions basées sur le mérite, posent des défis majeurs pour éradiquer efficacement les insurgés. De plus, Washington a échoué à faire pression sur Abuja pour qu’il mène des réformes indispensables. Cela a conduit à des abus concommitants des forces nigérianes, alimentant ainsi les extrémistes.

L’administration Trump semblait déterminée à poursuivre cette approche armement-first. En août 2025, elle a approuvé un potentiel contrat d’armement de 346 millions de dollars avec le Nigeria et a montré une plus grande disposition à ignorer les préoccupations en matière de démocratie et de droits humains à l’échelle mondiale. Cependant, une occasion inattendue, peut-être fugace, se présente maintenant pour changer de cap.

Le soutien militaire américain au Nigeria a constamment exagéré l’importance d’équipements sophistiqués et de formations tactiques. Washington gagnerait à adopter une approche axée sur les institutions pour la coopération sécuritaire avec le Nigeria, mettant l’accent sur le renforcement de la gouvernance de la défense, de l’état de droit et des bureaucraties civiles dans le secteur de la sécurité.

Il est crucial de concevoir un programme d’assistance sécuritaire avec le Nigeria qui privilégie le soutien à la gouvernance sécuritaire, et qui conditionne la formation et l’équipement futurs à des progrès réels en matière de réforme, afin de rendre l’armée nigériane plus efficace et professionnelle. Cette crise ne doit pas être gâchée. Il est rare que la Maison Blanche se préoccupe de l’insécurité au Nigeria, et le président Trump pourrait encore être dirigé vers une solution productive.

Le Pentagone aurait élaboré des plans militaires pour le Nigeria. Des frappes unilatérales américaines ne résoudront pas le problème, mais la menace de celles-ci pourrait enfin pousser le Nigeria à réformer véritablement son armée et son secteur de la sécurité. Agir ainsi permettrait réellement de lutter contre la violence au Nigeria en renforçant la capacité du pays à répondre efficacement et de manière responsable à la menace insurrectionnelle.

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