Louvre : le vol des bijoux de la couronne ravive les craintes pour le patrimoine national

Louvre : le vol des bijoux de la couronne ravive les craintes pour le patrimoine national

24.10.2025 20:04
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En 1911, le tableau de Léonard de Vinci disparaissait, puis Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso étaient arrêtés. À chaque chef-d’œuvre évanoui du musée parisien s’applique la même parabole: celle de la vulnérabilité de l’ordre symbolique du pays.

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Le dimanche 19 octobre 2025, huit bijoux de la couronne de France sont dérobés en plein jour dans la galerie d’Apollon du musée du Louvre. L’affaire déclenche une cascade de réactions politiques. Sur le réseau social X, le président Emmanuel Macron évoque «une atteinte à un patrimoine que nous chérissons car il est notre histoire», rapporte TopTribune.

Sur la même plateforme, Jordan Bardella et Marine Le Pen, cadres du Rassemblement national, dénoncent respectivement «une insupportable humiliation pour notre pays» et «une blessure à l’âme française». Tandis qu’à gauche, Ian Brossat, porte-parole du Parti communiste français, parle sur France Info d’une «honte pour notre pays d’en arriver à une situation pareille». De tous bords, le débat dépasse vite la question du vol: en s’attaquant au musée, c’est à la continuité républicaine et au prestige culturel du pays que l’on s’attaque.

Chaque pillage subi par le musée du Louvre a fait d’une faille sécuritaire la parabole de la fragilité du pouvoir et des symboles. Ne pas oublier que celui-ci a été créé en 1793 au lendemain de la Révolution française pour protéger les œuvres confisquées à l’Ancien Régime et aux ordres religieux, des objets devenus le patrimoine du peuple. S’il est aujourd’hui le plus connu et le plus visité au monde, le Louvre demeure pour les Français un symbole de continuité et de propriété collective que chaque vol vient remettre en question.

En août 1911, la disparition de La Joconde provoquait la même onde de choc que celle déclenchée par les événements récents; les spéculations et rumeurs amplifiées par une catégorie de presse prompte à nourrir l’obsession nationale, cristallisant les angoisses d’une époque écartelée entre le culte du patrimoine et la peur du désordre moderne. En ce sens, même si l’anecdote nous est aujourd’hui savoureuse, le peintre Pablo Picasso et le poète Guillaume Apollinaire faisaient de parfaits boucs émissaires.

Une menace pour l’ordre établi 

Le Portrait de Monna Lisa se volatilise le 21 août 1911. Le 7 septembre, Guillaume Apollinaire est arrêté à l’aube. Le poète vit alors de ses critiques d’art et chroniques pour les journaux, fréquentant l’avant-garde artistique parisienne, comme Pablo Picasso, peintre espagnol de 29 ans, apprécié de quelques mécènes fortunés, mais dont le nom est encore inconnu du grand public. Soupçonné d’être de mèche, le voilà arrêté à son tour.

Quelques années plus tôt, l’ancien secrétaire de Guillaume Apollinaire s’était vanté d’avoir volé des statuettes ibériques, qui seront ensuite vendues à Pablo Picasso. Pour les forces de police, le lien semble évident. L’artiste espagnol se présente lui-même à la police et retourne les statuettes. La presse conservatrice transforme le doute en certitude: un peintre étranger et un pseudo-critique prônant une pratique artistique incompréhensible, révoltante de laideur, qu’ils baptisent «cubisme»?

Ces «ennemis du bon goût» sont rapidement blanchis, mais l’opinion publique n’en démord pas. Ces fauteurs de trouble menacent l’ordre établi, les canons du passé, dont le classique portrait peint par Léonard de Vinci devient l’incarnation. Après les secousses de la Commune et de l’affaire Dreyfus, la République s’appuie sur la culture et le patrimoine pour cimenter une forme d’unité nationale. Le vol perpétré au Louvre est ainsi perçu comme un véritable viol du sanctuaire de l’identité française.

Une faille dans la confiance nationale 

Le patrimoine est un puissant instrument politique, un outil d’affirmation de la solidité d’un gouvernement. La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 a fait du Louvre une «nouvelle cathédrale» du civisme français. En 1911, la France connaît une vague de grèves, des tensions sociales dans un climat de méfiance envers les étrangers. Les nouvelles avant-gardes artistiques menacent les certitudes.

Entre la disparition de La Joconde en 1911 et celle des bijoux impériaux cent-quatorze ans plus tard, la France change de siècle, mais pas de réflexe: c’est moins le chef-d’œuvre dérobé que l’on pleure que la faille qu’il révèle dans la confiance nationale.

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