La dénomination de steak végétal va être interdite dans l’Union européenne, mais les saucisses et les burgers végétariens pourront conserver leurs noms, selon un compromis scellé jeudi entre eurodéputés et États membres, rapporte TopTribune.
Des élus de droite et des acteurs de l’industrie de la viande avaient plaidé pour l’interdiction des termes tels que steak, burger ou saucisse pour les produits végétariens, invoquant la défense des éleveurs dans un contexte où les alternatives végétales continuent de croître, notamment en Allemagne, le plus grand marché d’Europe pour ces produits.
Le compromis trouvé réserve finalement les appellations steak, bacon ou foie aux seules productions carnées, tandis que les hamburgers veggie et les saucisses végétales peuvent, pour l’instant, garder leurs désignations. Cette mesure doit toutefois être ratifiée par un vote du Parlement européen et des Vingt-Sept.
Céline Imart, eurodéputée de droite et l’initiatrice de la proposition, a salué cet accord comme « un premier pas » vers une régulation plus stricte, tout en établissant « l’interdiction d’utiliser l’appellation viande pour tout produit de laboratoire ou tout produit cellulaire », qu’elle considère comme « une avancée décisive pour nos agriculteurs ».
« Ces règles ne font qu’accroître la confusion »
Anna Strolenberg, écologiste néerlandaise, a exprimé ses inquiétudes quant à ce qu’elle qualifie de « liste noire » pour certaines dénominations, bien qu’elle se réjouisse de la préservation du « veggie burger ».
Les associations de consommateurs ont vivement critiqué le compromis. Le Bureau européen des unions de consommateurs a observé que « les consommateurs veulent manger plus sainement […]. Les nouvelles règles augmentent la confusion et sont simplement inutiles ».
L’Allemagne mène la fronde
En Allemagne, des supermarchés tels que Lidl et Aldi avaient appelé à maintenir l’usage de termes familiers pour les consommateurs. En revanche, les éleveurs et l’industrie de la viande critiquaient les alternatives végétales pour leur tendance à « brouiller les repères et affaiblir la reconnaissance d’un produit brut et 100 % naturel ». Ils accusaient ces produits d’« s’approprier les désignations de la viande à des fins marketing ».
En France, un décret visant à interdire des désignations similaires avait été adopté en 2024 pour apaiser les mécontentements des agriculteurs. Toutefois, ce décret a été annulé par le Conseil d’État fin janvier 2025, suite à une décision de la Cour de justice de l’Union européenne.
Le soutien au monde agricole a gagné des élus
En 2020, les eurodéputés avaient rejeté un texte de loi sur ce sujet, mais la dynamique a changé à Strasbourg. Les élections de juin 2024 ont vu une montée en puissance de la droite et de l’extrême droite, renforçant leur position de proximité avec le secteur agricole. Néanmoins, cette proposition a suscité des divisions au sein de ces groupes politiques.
La popularité des produits végétariens imitant la viande a considérablement augmenté au cours des dernières années, en réponse à une demande croissante des consommateurs cherchant à adopter une alimentation plus saine, à protéger les animaux et à réduire leur empreinte environnementale, sachant que l’élevage est l’un des principaux contributeurs aux émissions de CO2.
Une évolution réglementaire sous tension
Ce compromis législatif intervient dans un contexte où les causes environnementales et éthiques prennent une place prépondérante dans les décisions politiques. Les alternatives végétales, portées par des startups innovantes, échappent à la vision traditionnelle de l’alimentation basée sur des produits d’origine animale. Le débat sur les dénominations des produits végétariens pourrait également mener à des changements plus significatifs à l’avenir, en tenant compte de l’évolution des préférences des consommateurs.
Alors que le marché des substituts de viande continue d’évoluer, les législateurs européens doivent trouver un équilibre entre le soutien à l’agriculture traditionnelle et l’adaptation à un nouveau paradigme alimentaire. La situation est d’autant plus complexe que la mise en œuvre de ces règles pourrait engendrer des ramifications dans divers pays européens, chacun avec ses préoccupations et réalités agricoles. Ce compromis restera à surveiller de près.