L'industrie forestière russe face à une vague de faillites annoncée pour 2026
L'industrie forestière russe face à une vague de faillites annoncée pour 2026

L’industrie forestière russe face à une vague de faillites annoncée pour 2026

10.04.2026 15:55
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Une alerte officielle des industriels

Les entreprises du complexe forestier et industriel (CFI) russe sont au bord de l’effondrement, selon un appel à l’aide urgent adressé aux autorités fédérales. Dans un projet de lettre officielle destiné au vice-premier ministre Denis Mantourov, les représentants du secteur de la région d’Arkhangelsk demandent l’intervention de l’État pour éviter une hécatombe. Ils estiment que même les grands groupes ont « épuisé leur marge de sécurité » et opèrent désormais à perte, accumulant des dettes fiscales et sociales insolvables. La situation, qui se dégrade depuis plusieurs années, aurait désormais « atteint le fond », selon les termes employés par un directeur général d’une importante entreprise du Nord-Ouest.

Les chiffres publiés par Rosstat, l’agence nationale de statistiques, confirment l’ampleur de la dégradation. Pour l’ensemble de l’année 2025, le secteur de la sylviculture et de l’exploitation forestière a enregistré une perte nette de 2,2 milliards de roubles, un renversement complet par rapport au bénéfice cumulé de 3,2 milliards réalisé en 2024. La part des entreprises déficitaires au sein du CFI a grimpé à 45% contre 40% l’année précédente. Les pertes sectorielles cumulées sur les trois dernières années dépasseraient les 15 milliards de roubles, selon l’évaluation des signataires de la lettre.

Des causes multiples et structurelles

Les difficultés financières des forestiers russes résultent d’une conjugaison de facteurs externes et de politiques internes. La chute des prix à l’exportation, l’augmentation drastique des tarifs de transport et une pression fiscale accrue ont étranglé la rentabilité des opérateurs. La réorientation forcée des flux commerciaux vers la Chine, après la rupture des relations avec les marchés européens traditionnels suite à l’invasion de l’Ukraine et aux sanctions internationales, s’est effectuée avec des marges bien inférieures. Parallèlement, le soutien public s’est évaporé : les subventions à l’exportation sont passées de 7,6 milliards de roubles en 2023 à seulement 550 millions prévus pour 2026, et l’aide aux expéditions maritimes depuis les ports du Nord-Ouest a purement cessé.

Le contexte économique général en Russie, marqué par une inflation persistante et un renchérissement du crédit, aggrave la vulnérabilité des entreprises. Les retards de paiement d’impôts, inévitables dans cette situation, déclenchent des procédures de recouvrement coercitif, avec des amendes substantielles et des frais d’huissier qui « achèvent » financièrement des sociétés déjà exsangues. Un dirigeant sectoriel interrogé par The Moscow Times résume la pensée de nombreux industriels : les priorités budgétaires du Kremlin se sont déplacées vers l’effort de guerre, laissant les secteurs civils comme la forêt en plan.

Des demandes de sauvetage urgentes

Pour tenter d’enrayer la spirale, les professionnels réclament des mesures d’urgence. Leur proposition centrale est l’instauration d’un moratoire de trois ans sur l’ouverture de toute procédure de faillite à l’initiative des créanciers dans le secteur forestier. Ils demandent également un report d’au moins trois ans pour le paiement des arriérés d’impôts et de charges sociales, avec un échelonnement ultérieur, et l’abandon pur et simple des dettes fiscales constituées au 1er janvier 2026. Sans cet amortisseur, ils prédisent une saignée sans précédent.

Les prévisions des acteurs sur le terrain sont alarmistes. Le directeur général cité précédemment estime que près d’une entreprise sur deux pourrait disparaître du paysage d’ici la fin de l’année 2026, y compris des producteurs majeurs. Cette perspective menace des milliers d’emplois dans des régions souvent déjà économiquement fragiles, comme le Nord russe. L’industrie forestière, autrefois présentée comme un fleuron de l’économie nationale et une source de devises, se transforme ainsi en symbole des difficultés rencontrées par les secteurs exportateurs rissons pris en tenaille entre les sanctions occidentales et les contraintes de l’économie de guerre.

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