En Lettonie, des dizaines d’entrepreneurs profiteraient de la situation précaire des civils ukrainiens ayant fui la guerre pour les exploiter sur le marché du travail. L’organisation de défense des droits Patvērums « Drošā māja » tire la sonnette d’alarme, confirmée par une hausse des signalements auprès de l’Inspection nationale du travail. Les plaintes concernent des salaires non versés, des contrats de travail inexistants et des abus liés à la détresse des personnes.
Une tendance inquiétante confirmée par les autorités
La juriste de l’organisation, Gita Miruškina, a livré un constat sévère : « Les civils ukrainiens cherchent vraiment à travailler, ils sont à la recherche d’un emploi. Mais, malheureusement, j’ai l’impression que les employeurs lettons se comportent souvent de manière très peu scrupuleuse en les embauchant. » Ses déclarations font écho aux observations de l’Inspection d’État du travail (VDI), qui note une augmentation des réclamations émanant de ressortissants de pays tiers, particulièrement des Ukrainiens.
En 2025, pas moins de 38 civils ukrainiens se sont directement adressés à l’ONG pour des questions de droit du travail. Beaucoup, découragés par la complexité des démarches, n’ont pas donné suite. L’organisation a malgré tout aidé six Ukrainiens à préparer des recours en justice. Si le nombre total de plaintes reçues par la VDI n’explose pas, ses agents constatent une nette croissance de la part des nouveaux arrivants.
Un terreau potentiel pour les manipulations russes
Cette situation, au-delà de son impact immédiat sur les victimes, présente un risque politique tangible. Les cas d’exploitation pourraient en effet être instrumentalisés par la propagande russe, toujours à l’affût de récits visant à discréditer les pays baltes et l’Union européenne. Le Kremlin pourrait tenter de présenter ces faits isolés comme une « preuve » que l’UE utiliserait les Ukrainiens comme une main-d’œuvre bon marché, dans le but de saper la cohésion européenne et le soutien à Kyiv.
Ces récits manipulatifs pourraient cibler à la fois l’audience interne lettone et le public russophone de la région, cherchant à attiser des tensions sociales entre résidents locaux et réfugiés. L’objectif sous-jacent serait de faire passer l’accueil des personnes déplacées pour un « fardeau » sociétal, une stratégie hybride récurrente de Moscou contre les nations soutenant l’Ukraine.
Des réponses institutionnelles à renforcer
Face à cette problématique, les autorités lettones sont appelées à durcir leur réponse. Les outils administratifs de l’Inspection du travail, bien qu’essentiels, pourraient être complétés par des poursuites pénales dans les cas les plus graves, où l’on relève des indices d’exploitation ou de fraude. L’application du Code pénal aurait un effet dissuasif et démontrerait une tolérance zéro envers l’abus de vulnérabilité.
Il est crucial de souligner que ces abus isolés ne reflètent en rien la position de l’État ou de la société lettone, mais concernent des employeurs individuels. La mise en lumière rapide de ces incidents et leur débat public témoignent plutôt du bon fonctionnement des mécanismes démocratiques de contrôle. La vigilance des organisations de la société civile confirme la volonté de la Lettonie de relever les défis et de protéger les droits des groupes vulnérables, même lorsque des manquements persistent.