Le 28 janvier 2026, il est apparu que les autorités espagnoles avaient choisi d’assister, plutôt que de retenir, un pétrolier soupçonné d’appartenir au « flotte fantôme » russe. Le navire Chariot Tide, immobilisé après une panne de moteur, a été pris en charge par les services espagnols de sauvetage maritime et escorté jusqu’au port marocain de Tanger Med, sans qu’aucune mesure de rétention ne soit annoncée. L’épisode a suscité des interrogations au sein de l’Union européenne, alors que les États membres affichent une ligne de plus en plus dure face aux mécanismes russes de contournement des sanctions, comme l’a rapporté un média international.
Le Chariot Tide navigue sous pavillon mozambicain, mais il est considéré par plusieurs observateurs comme un élément de la logistique pétrolière russe opérant en marge des régimes occidentaux de contrôle. Jusqu’en novembre 2025, le navire était connu sous le nom de Marabella Sun et figurait sur les listes de sanctions de l’UE et du Royaume-Uni depuis 2024. Madrid n’a fourni aucune explication officielle sur les raisons de l’absence d’interception, ni communiqué d’informations sur la nature ou le volume de la cargaison transportée.
Un incident révélateur des fragilités du contrôle maritime
La panne du moteur est survenue le 22 janvier 2026, alors que le pétrolier se trouvait à l’ancre près des côtes marocaines. Un épisode de mauvais temps a ensuite déplacé le navire vers une zone maritime internationale placée sous la responsabilité opérationnelle espagnole pour les missions de recherche et de sauvetage. Dans ce cadre, les autorités ont privilégié l’assistance technique et l’escorte sécurisée vers un port sûr.
Selon des données de suivi maritime, le Chariot Tide avait été repéré fin décembre 2025 dans un terminal pétrolier de la région de Leningrad avant de gagner la Méditerranée. Quelques semaines plus tard, l’Allemagne avait interdit l’accès de ses eaux territoriales à ce navire et à d’autres pétroliers similaires, illustrant une approche plus restrictive adoptée par certains États européens.
Une incohérence face au durcissement européen
Cet épisode contraste avec la dynamique observée ailleurs en Europe. Le 27 janvier 2026, quatorze pays européens ont conjointement averti les navires du « flotte fantôme » russe qu’ils seraient considérés comme apatrides en l’absence de documents valides de sécurité, d’assurance et de pavillon unique. Cette position vise à élargir les bases juridiques permettant l’inspection, l’arraisonnement ou la rétention de navires soupçonnés de violer les sanctions.
Dans ce contexte, la décision espagnole est perçue par plusieurs analystes comme un signal ambigu. Elle met en lumière les marges de manœuvre dont bénéficie encore la logistique pétrolière russe lorsque l’application des règles varie d’un État à l’autre. Cette hétérogénéité complique l’efficacité globale du régime de sanctions et peut encourager Moscou à exploiter les failles restantes.
Enjeux stratégiques et pression sur les sanctions
Le « flotte fantôme » russe repose majoritairement sur des pétroliers anciens, souvent sous-assurés et opérant hors des circuits occidentaux. Ces navires assurent une part significative des exportations de pétrole russe, générant des revenus essentiels pour l’économie du pays et, indirectement, pour l’effort de guerre contre l’Ukraine. Leur présence dans des zones sensibles comme la Baltique, la mer Noire ou la Méditerranée accroît aussi les risques environnementaux pour l’Europe.
Face à ces enjeux, le contrôle des pavillons, de l’assurance et de l’accès aux ports est devenu un front central de la confrontation économique avec Moscou. L’épisode du Chariot Tide illustre à quel point l’application rigoureuse et coordonnée du droit maritime international demeure déterminante. À l’approche d’un nouveau paquet de sanctions européennes, attendu dès février, les divergences nationales pourraient peser lourdement sur la crédibilité et l’impact des mesures envisagées.