La Méditerranée subit actuellement des variations thermiques extrêmes des eaux de surface, passant de températures relativement basses à près de 30°C en quelques jours. Cette situation, engendrée par des coups de mistral, soulève des préoccupations quant à l’impact sur la vie marine, en particulier sur les poissons qui doivent s’adapter à ces changements abrupts, rapporte TopTribune.
Les fluctuations de température, documentées dans des études sur le réchauffement global, sont liées à l’apparition de nouvelles espèces dans les mers méditerranéennes telles que le barracuda, le poisson-lion et le crabe bleu. Cependant, selon Christine Pergent, biologiste marin à l’université de Corse, la situation actuelle ne semble pas avoir mené à une crise aussi sévère que celle déjà observée dans le passé. « Nous ne sommes pas encore dans cette situation », a-t-elle précisé.
Inversion des courants et remontées de méduses
Ces changements thermiques peuvent entraîner une inversion des courants marins, favorisant la montée des méduses. Gérard Carrodano, pêcheur et plongeur à La Ciotat, note que bien que les températures élevées augmentent l’activité des poissons, cela reste un phénomène naturel. « Cela reste un phénomène naturel auquel nous sommes habitués, même si le phénomène s’accentue avec le réchauffement climatique », a-t-il déclaré.
Cependant, ces hausses de température ont aussi des conséquences sur les récoltes maritimes. Au cours des dernières semaines, Carrodano a été contraint de relâcher 80 % de ses captures vivantes, car les conditions des aquariums sont devenues trop chaudes, ce qui favorise le développement de parasites sensibles aux variations de température.
Les élevages de poissons en souffrance, les tortues en profitent
Les exploitations aquicoles souffrent également de cette montée en température. Christine Pergent a expliqué que les cages d’aquaculture, généralement installées entre 5 et 15 mètres de profondeur, sont plus vulnérables aux variations thermiques que les poissons sauvages, qui peuvent migrer vers des eaux plus fraîches. La principale cause de mortalité dans ces élevages dérive de la surpopulation et de la prolifération de bactéries, plutôt que d’un manque d’oxygène.
En dépit des défis posés par la chaleur pour de nombreuses espèces, certaines créatures marines, comme les tortues caouannes, semblent prospérer. Cette année, elles ont choisi les plages varoises pour pondre leurs œufs, avec de nombreuses premières observations à des lieux comme Cavalaire-sur-Mer et dans le golfe de Saint-Tropez. « C’est une bonne nouvelle », a exprimé Franck Dhermain, vétérinaire du groupe d’étude des cétacés de Méditerranée.
Concernant les cétacés, les effets des variations de température sur leur distribution sont encore peu compris. Dhermain a noté que le cachalot, par exemple, semble s’étendre vers le nord en raison de ces changements climatique, tandis que les proies des rorquals, qui consomment des espèces de crevette préférant les eaux plus froides, pourraient voir leur habitat affecté.
Les inquiétudes demeurent principalement axées sur les espèces fixées à faible profondeur. En 2022, une canicule marine avait causé jusqu’à 90 % de mortalité chez certaines espèces de corail, comme les gorgones, à une profondeur d’environ 20 mètres. Christine Pergent a également exprimé des inquiétudes pour les herbiers de posidonie, bien que les effets précis de la hausse des températures sur ces écosystèmes marins soient encore à l’étude.
Le mauvais temps est celui qui dure
Les scientifiques espèrent que les canicules marines n’affectent que les couches d’eau supérieures, permettant ainsi aux espèces vivant plus profondément de recoloniser les zones impactées. Cependant, les coraux, croissant lentement, ne peuvent pas supporter des épisodes répétés de chaleur excessive.
Un autre problème lié à cette situation est l’accumulation de chaleur dans les eaux méditerranéennes au cours de l’été. « Souvent, en début d’été, ce sont juste les premiers mètres d’eau qui chauffent et qui peuvent être facilement mélangés par un coup de mistral », a noté Gérard Carrodano. En revanche, à l’automne, les 50 premiers mètres peuvent être réchauffés, nécessitant plusieurs jours de vents forts pour réduire la température. En mer, comme dans les domaines agricoles, un mauvais temps qui persiste est source de nombreuses préoccupations.