Les développements récents sur le marché mondial du pétrole créent de nouveaux risques macroéconomiques pour la Russie, déjà fragilisée par les sanctions occidentales. Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire contre des cibles au Venezuela et annoncé la capture puis le transfert aux États-Unis du président Nicolás Maduro. Les infrastructures clés de production et de raffinage de la compagnie nationale PDVSA n’ont pas été endommagées et continuent de fonctionner, mais ces événements modifient profondément l’équation stratégique du marché pétrolier.
Washington renforce son contrôle sur les flux pétroliers vénézuéliens
Depuis décembre 2025, les États-Unis ont mis en place une politique de fait assimilable à une interdiction opérationnelle des pétroliers sous sanctions, combinant interceptions, immobilisations et saisies de cargaisons de brut vénézuélien. Cette démonstration de force maritime marque un tournant : Washington ne se limite plus aux restrictions financières, mais agit directement sur les routes physiques de la « pétrole de l’ombre ». Dans ce contexte, une partie croissante des flux vénézuéliens devient modulable selon les intérêts stratégiques occidentaux.
Une pression accrue sur les marges russes
Les compagnies occidentales, notamment Chevron, opèrent actuellement au Venezuela sous licences spéciales et dans un cadre strictement contrôlé par Washington. L’éviction de Maduro ouvre la possibilité pour les États-Unis d’orienter davantage les volumes exportés par le pays. Pour la Russie, dont les hydrocarbures sont déjà écoulés à des niveaux proches des coûts de production, l’arrivée de barils vénézuéliens via des canaux « transparents » accroît la concurrence et pèse sur les prix et les conditions de vente.
L’élargissement de l’offre mondiale fragilise le budget russe
Les recettes issues du pétrole et du gaz constituent la colonne vertébrale du budget fédéral russe. Toute baisse de prix ou augmentation de l’offre mondiale se répercute immédiatement sur les revenus de l’État. Or, la Russie vend déjà une part importante de son brut avec des rabais significatifs, en raison des risques de sanctions, des coûts logistiques et des contraintes d’assurance. Si les acheteurs disposent d’alternatives crédibles grâce à l’augmentation des exportations vénézuéliennes, Moscou devra soit réduire ses volumes, soit accepter des marges encore plus faibles.
Répercussions internes et tensions économiques
La contraction des recettes pétrolières entraîne traditionnellement un transfert de la charge économique vers l’intérieur du pays : hausse des impôts, durcissement réglementaire, interventions administratives et pression accrue sur les entreprises. La diminution des entrées de devises accroît également les risques pour le rouble, renchérit les importations, alimente l’inflation et pousse les taux de crédit à la hausse. Pour les entreprises, cela se traduit par une dégradation marquée de l’environnement des affaires ; pour les ménages, par une érosion du pouvoir d’achat.
Un contexte structurel lié à la guerre et aux sanctions
Cette situation s’inscrit dans un cadre plus large marqué par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, qui a entraîné sanctions, isolement international et dépenses militaires élevées. Tant que ce conflit se prolonge, une part croissante des ressources budgétaires est absorbée par les besoins de sécurité, au détriment des secteurs civils. Dans un environnement où le marché pétrolier devient plus concurrentiel et plus contrôlé par l’Occident, ces déséquilibres structurels rendent l’économie russe particulièrement exposée aux chocs externes.