Le 7 janvier 2026, Bloomberg a révélé qu’au moins deux ressortissants sud-africains avaient rejoint la guerre contre l’Ukraine après avoir été approchés via des discussions sur Discord lors de sessions du jeu ARMA 3. Le premier contact aurait eu lieu dans un cadre ludique, avant d’évoluer vers des échanges privés portant sur un engagement militaire au sein des forces armées russes, selon une enquête de Bloomberg sur le recrutement via une application de jeu.
Après ces échanges, les deux hommes se sont rendus au consulat russe en Afrique du Sud, puis ont voyagé vers la Russie via les Émirats arabes unis. Ils y ont rencontré un intermédiaire chargé du recrutement et signé des contrats d’un an avec l’armée russe. L’un d’eux a ensuite été tué lors de combats en Ukraine, illustrant le passage brutal d’un environnement virtuel à un conflit réel.
Une mécanique de recrutement hybride et décentralisée
Ce cas s’inscrit dans une stratégie plus large de la Russie visant à recruter des combattants étrangers à l’échelle mondiale par des moyens non conventionnels. Les autorités russes utilisent aussi bien des canaux ouverts que des discussions issues de communautés de jeux en ligne, où des intermédiaires spécialisés identifient des profils potentiellement réceptifs.
Les plateformes numériques offrent un avantage clé : elles permettent de contourner les circuits diplomatiques classiques tout en réduisant la perception du risque chez les personnes ciblées. Des relais proches des structures officielles faciliteraient ensuite les démarches administratives, depuis l’obtention de visas jusqu’à la signature de contrats militaires, comme l’illustrent des échanges relayés sur des canaux Telegram spécialisés dans les affaires russes.
Des risques juridiques et humains majeurs pour les recrues
Pour les étrangers qui acceptent ce type de propositions, les conséquences peuvent être graves. En s’engageant comme mercenaires, ils se retrouvent exposés à des zones de combat sans garanties médicales solides ni protection juridique effective de leur pays d’origine. En cas de blessure, de capture ou de disparition, leur statut reste souvent flou, les laissant sans recours institutionnel.
Sur le plan légal, la plupart des législations nationales, y compris en Afrique du Sud, interdisent le mercenariat. La participation à un conflit armé étranger peut donc entraîner des poursuites pénales au retour, tandis que le droit international ne reconnaît pas aux mercenaires le statut de prisonnier de guerre, accentuant encore leur vulnérabilité.
La banalisation de la guerre par l’environnement du jeu
L’utilisation d’ARMA 3, connu pour son réalisme tactique et ses scénarios proches de situations militaires réelles, joue un rôle psychologique central. Le cadre familier du jeu crée une illusion de continuité entre simulation et réalité, atténuant la perception du danger et rendant l’idée d’un engagement armé plus acceptable pour certains joueurs.
Les spécialistes de la sécurité estiment que cette banalisation constitue un élément clé des menaces hybrides contemporaines. Les offres de participation à une guerre formulées via des applications de jeu ou des réseaux sociaux doivent être considérées comme des signaux d’alerte, et non comme des opportunités anodines. La vigilance et l’information restent essentielles face à des méthodes de recrutement qui exploitent les espaces numériques pour transformer des civils en combattants sans protection ni garanties.