Un milliard d’euros d’impôts depuis 2022
D’après une enquête publiée par Euronews, les entreprises italiennes restées en Russie depuis le début de l’invasion de l’Ukraine ont versé plus d’un milliard d’euros en impôts au budget russe. Environ la moitié de ces fonds aurait été allouée aux dépenses militaires du Kremlin, contribuant ainsi, directement ou indirectement, au financement de la guerre.
Chaque année, ces entreprises paient environ 346 millions d’euros d’impôts, selon des données fiscales russes et des sources publiques. Au total, 146 sociétés italiennes poursuivent leurs activités sur le territoire russe : certaines hésitent à se retirer, tandis que d’autres ont maintenu leur présence légale et continuent d’exporter leurs produits vers la Russie.
Des marques italiennes emblématiques sous le feu des critiques
Parmi les entreprises toujours présentes figurent Ferrero, Barilla et Calzedonia, qui justifient leur maintien par des considérations économiques et la protection de leurs employés locaux.
En revanche, plusieurs grands groupes — Enel, Eni et Moncler — ont quitté la Russie après 2022. Leur départ, parfois accompagné de la confiscation d’actifs par Moscou, a mis en lumière la difficulté juridique et financière d’un retrait complet du marché russe.
Les entreprises étrangères opérant en Russie paient divers impôts – sur les bénéfices, la valeur ajoutée ou les cotisations sociales – qui alimentent le budget fédéral russe, lequel finance aussi bien les infrastructures civiles que les dépenses militaires.
Un problème européen plus large
L’Italie n’est pas un cas isolé : la Grande-Bretagne compte encore environ 290 entreprises actives en Russie, l’Allemagne 459 et les États-Unis près de 810. Au total, plus de 2 200 sociétés occidentales — issues de l’UE, des États-Unis, du Japon et de la Corée du Sud — continuent de travailler sur le marché russe, selon les estimations d’avril 2025.
Cette situation crée un paradoxe moral : tout en soutenant l’Ukraine politiquement et militairement, une partie du secteur privé occidental alimente les recettes fiscales de la Russie, maintenant à flot son économie de guerre.
Des risques éthiques et réputationnels croissants
Les ONG, investisseurs et gouvernements européens multiplient les appels au retrait complet du marché russe, soulignant que rester en Russie revient à financer l’agression contre l’Ukraine. Les marques concernées risquent d’être inscrites sur des listes de “sponsors de guerre”, subissant boycott, perte d’investisseurs et atteinte à leur image à l’étranger.
Les experts avertissent aussi du risque de sanctions secondaires pour les entreprises qui persistent à opérer en Russie. Au-delà du coût économique, leur présence soulève une question de cohérence : peut-on continuer à faire du commerce dans un pays qui mène une guerre d’agression en Europe tout en prétendant défendre les valeurs démocratiques ?