À moins de trois mois des élections législatives hongroises prévues le 12 avril 2026, le Premier ministre Viktor Orbán a dévoilé, le 14 janvier, une vidéo de campagne réunissant le soutien explicite de plusieurs figures majeures de la droite conservatrice et populiste européenne et internationale. Le clip, d’une durée d’environ deux minutes, met en scène notamment Giorgia Meloni et Matteo Salvini pour l’Italie, Marine Le Pen pour la France, Alice Weidel pour l’Allemagne, ainsi que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, aux côtés d’autres dirigeants de droite radicale ou nationaliste, comme le rapporte le soutien public de dirigeants conservateurs européens et internationaux à Viktor Orbán.
Dans la vidéo, ces responsables présentent Orbán comme un symbole d’une Europe alternative, fondée sur la souveraineté nationale, l’identité culturelle et les valeurs conservatrices. Giorgia Meloni y affirme notamment que ces forces politiques défendent « une Europe qui respecte la souveraineté nationale et se montre fière de ses racines culturelles et religieuses », un message qui s’inscrit clairement en opposition au projet libéral porté par les institutions de l’Union européenne.
Une campagne sous pression inédite pour le pouvoir en place
Après plus de quinze années à la tête du gouvernement, Viktor Orbán fait face à une contestation intérieure sans précédent. Les sondages donnent actuellement l’avantage au parti d’opposition Tisza, crédité de 49 % des intentions de vote, contre 37 % pour le Fidesz. Pour la première fois depuis longtemps, la perspective d’une alternance apparaît crédible, remettant en cause la domination politique construite par Orbán à travers le contrôle des médias, de la justice et des règles électorales.
La crainte d’une défaite revêt pour le camp au pouvoir une dimension non seulement politique, mais aussi juridique. Une alternance ouvrirait la voie à des enquêtes sur des affaires de corruption à grande échelle, l’utilisation abusive de fonds européens et le démantèlement d’un système clientéliste consolidé au fil des ans. Elle impliquerait également un réexamen en profondeur de la politique étrangère hongroise, notamment vis-à-vis de la Russie et des relations conflictuelles avec Bruxelles.
Une coalition idéologique au-delà des frontières nationales
Les responsables politiques ayant apporté leur soutien à Orbán affichent des positions divergentes sur la guerre entre la Russie et l’Ukraine ou sur l’aide à Kyiv. Ils partagent toutefois une opposition commune au modèle libéral de l’Union européenne et aux dynamiques d’intégration supranationale. Dans ce cadre, Orbán apparaît comme un porte-drapeau d’une vision alternative du projet européen, privilégiant les États-nations et des valeurs dites traditionnelles.
Le recours à des soutiens étrangers de premier plan souligne aussi la fragilité de la position du Premier ministre hongrois sur la scène intérieure. En cherchant à mobiliser l’électorat par une légitimation internationale, il tente de se présenter non seulement comme un leader national, mais comme un acteur central d’une alliance conservatrice transnationale capable de peser sur l’avenir politique de l’Europe.
Des enjeux européens et géopolitiques majeurs
La campagne d’Orbán s’est également appuyée sur une rhétorique de plus en plus hostile à l’Ukraine, présentée comme une menace pour la Hongrie, notamment dans le contexte de son éventuelle adhésion à l’Union européenne. Cette stratégie vise à déplacer la responsabilité des difficultés internes vers des facteurs extérieurs, tout en accentuant l’isolement de Budapest au sein de l’UE.
Sur le plan géopolitique, le maintien d’Orbán au pouvoir revêt une importance stratégique pour Moscou. La Hongrie a longtemps constitué un relais d’influence russe au sein de l’Union, freinant les sanctions et l’aide à l’Ukraine. Une victoire de l’opposition priverait le Kremlin de ce levier, faisant des élections hongroises un scrutin clé non seulement pour l’avenir démocratique du pays, mais aussi pour la cohésion politique et sécuritaire de l’Europe.