L’impact environnemental des éoliennes suscite des inquiétudes croissantes concernant leur recyclage. Les critiques soulignent que les matériaux qui composent les vastes pales posent des défis significatifs. Selon certaines vidéos virales sur les réseaux sociaux, des « cimetières » de pales se dilatent sur plusieurs hectares. Cela soulève des prévisions alarmantes : d’ici 2050, plus de 40 millions de tonnes de déchets de pales pourraient s’accumuler mondialement, rapporte TopTribune.
Des matériaux composites complexes
Philippe Tavernier, directeur général adjoint de Valorem, une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables, souligne que ces images représentent non pas des sites de dépôt définitifs, mais plutôt des zones de stockage temporaire, souvent observées au Danemark et en Espagne. Selon lui, l’accent mis sur les pales, par rapport à d’autres éléments d’une éolienne, provient de la complexité du recyclage des matériaux composites, tels que la fibre de verre et les résines époxy. Ces matières sont plus difficiles à recycler que les composants métalliques et en béton des éoliennes. Cependant, il confirme que ces défis ne sont pas insurmontables.
La révolution du « repowering »
Actuellement, trois méthodes de recyclage des pales d’éoliennes sont mises en œuvre, notamment en France. Le traitement dans les cimenteries, où les pales sont concassées et utilisées comme combustible, est la méthode la plus courante. Ensuite, le recyclage mécanique permet d’utiliser les agrégats pour la construction de routes pavées. Enfin, le recyclage chimique, plus complexe, permet la réutilisation des matériaux, grâce à des processus de séparation.
Selon Tavernier, Valorem explore également d’autres avenues, notamment le réemploi créatif, qui consiste à réutiliser les pales endommagées pour des constructions telles que des abris de jardin. Le reconditionnement des pales existantes, également connu sous le nom de « repowering », prend de l’ampleur alors qu’un nombre croissant d’éoliennes en Europe atteignent leur fin de vie exploitable.
100 % des matériaux réutilisés
Valorem n’est pas le seul acteur à s’engager dans le « repowering ». EDF a récemment annoncé le remplacement de onze éoliennes à Kergrist, dans le Morbihan. En plus d’installer sept nouvelles éoliennes plus puissantes, EDF a affirmé que 100 % des matériaux des anciennes machines ont été réutilisés, selon Perrine Le Saint, responsable régionale d’EDF Power Solutions.
En France, un arrêté ministériel de 2011, renforcé par des mises à jour en 2020, 2022 et 2024, impose aux constructeurs et exploitants d’éoliennes de valoriser entre 90 % et 95 % de leurs machines, y compris 55 % du poids des rotors. Plus de 9 000 parcs éoliens opèrent aujourd’hui en France, rendant le reconditionnement potentiel prometteur. D’ici à 2030, environ 500 éoliennes par an devraient être remplacées, représentant environ 5 % du parc.
Les avancées en recherche et développement, comme la présentation par LM Wind Power, d’une pale en thermoplastique entièrement recyclable, témoignent d’une tendance vers des solutions durables. De plus, des pales offshore, conçues avec une nouvelle résine permettant une séparation efficace des matériaux composites, ont été récemment mises en place en mer du Nord allemande. Ces innovations montrent que l’industrie éolienne s’engage dans une transition vers un avenir plus durable, réduisant ainsi l’impact environnemental des éoliennes en fin de cycle de vie, tout en répondant à des enjeux écologiques cruciaux.