Les dangers du modèle Maduro pour l'Iran : une analyse critique de la situation politique actuelle

Les dangers du modèle Maduro pour l’Iran : une analyse critique de la situation politique actuelle

08.01.2026 14:17
3 min de lecture

Les illusions américaines sur le changement de régime en Iran : Leçons de l’affaire vénézuélienne

Le renversement de Nicolás Maduro par les États-Unis a ravivé une conviction parmi les observateurs : si Washington peut agir contre un dirigeant autoritaire à Caracas, il en serait de même pour le guide suprême iranien Ali Khamenei. Toutefois, cette idée est non seulement erronée, mais également périlleuse pour ceux qui aspirent à un changement politique significatif en Iran, rapporte TopTribune.

Malgré les déclarations de l’ancien président américain Donald Trump sur le contrôle de la situation au Venezuela et sur la fin de l’autoritarisme dans ce pays, la réalité est nettement plus complexe. Bien que Maduro ait été capturé par les forces américaines et emmené à New York pour faire face à des accusations, son ancienne vice-présidente, Delcy Rodríguez, une loyale du régime, a été investie présidente par intérim. Son emprise sur le pouvoir, soutenue par la Cour suprême du Venezuela et une grande partie de l’armée, démontre que les institutions de l’État sont restées solides et que l’élite dirigeante maintient son autorité. Même des figures d’opposition, comme la lauréate du Prix Nobel María Corina Machado, ont été écartées de la prochaine phase politique, révélant les limites d’une transformation réelle.

Ce qui se dessine actuellement est un système ayant su s’adapter, absorber les pressions et recalibrer ses relations extérieures tout en préservant ses fondations internes. Cela indique que l’approche de Trump n’est pas axée sur la transformation des régimes ou la démocratisation, mais plutôt sur la création d’une structure gouvernementale plus malléable et gérable, favorable aux intérêts américains.

Pour l’Iran, cette distinction est cruciale. Ceux qui pensent que Trump s’engagerait dans un démantèlement complet de la République islamique ne comprennent pas son bilan. L’épisode vénézuélien montre que la priorité de Washington est d’acquérir du levier plutôt que de promouvoir la liberté, et d’obtenir des concessions plutôt que d’éradiquer les structures en place. Cela représente une perspective sombre pour le peuple iranien, car un État autoritaire affaibli mais intact est souvent plus violent et moins responsable.

La conviction selon laquelle l’épisode vénézuélien pourrait se reproduire en Iran repose également sur une comparaison fallacieuse. Les structures politiques, les environnements stratégiques et les méthodes de survie des régimes de ces deux pays diffèrent profondément. L’hypothèse selon laquelle une action militaire pourrait léser la direction iranienne sans entraîner de conséquences plus larges est particulièrement dangereuse, surtout dans un contexte où l’Iran fait face à des protestations soutenues dans plusieurs villes et des tensions internes qui ne sont pas seulement économiques mais aussi fondamentalement politiques.

Parallèlement, l’épisode Maduro risque de résonner profondément dans les cercles d’élite iraniens. Pour une direction confrontée à une épuisement économique, une légitimité déclinante et des questions de succession, le Venezuela apparaît comme un cas d’école sur la manière dont les régimes peuvent survivre sous une pression extrême s’ils maintiennent la cohésion interne, répriment sternement les dissidences et offrent juste assez de flexibilité aux acteurs externes pour atténuer la pression sans céder le pouvoir. Cette leçon, si elle est retenue, pourrait inciter Téhéran à renforcer la répression à l’intérieur tout en cherchant des accommodements tactiques à l’étranger par le biais de négociations avec Trump.

Pour la société iranienne, cette trajectoire est profondément inquiétante. Une grande partie de la population ne se contente plus de demander des réformes, elle rejette ouvertement la République islamique elle-même. Pourtant, la pression externe en l’absence d’une alternative politique interne claire ne les renforce pas, elle les contraint. C’est pourquoi le moment actuel exige un examen difficile mais nécessaire parmi les Iraniens eux-mêmes. Les mouvements d’opposition ont été efficaces pour désigner ce qu’ils ne toléreront plus, mais ont du mal à articuler une alternative cohérente. Sans une vision partagée de l’ordre politique, de la gouvernance et du compromis social, la protestation risque d’être instrumentalisée tant par les élites domestiques que par des puissances étrangères, aucune des deux ne s’investissant dans une véritable transformation démocratique.

L’histoire a montré que la pression extérieure coïncide parfois avec un effondrement systémique, comme dans le cas de l’Union soviétique. Mais elle façonne plus souvent les régimes autoritaires plutôt que de les renverser. Un système qui se sent acculé peut gagner du temps en durcissant son contrôle, en s’isolant davantage de la société et en prenant plus de risques au-delà de ses frontières. Tenter d’appliquer le même schéma qu’au Venezuela en Iran risque d’entraîner des erreurs de calcul et de miner un équilibre régional déjà instable, surtout à un moment où les tensions avec Israël atteignent à nouveau des seuils dangereux.

La leçon centrale de l’affaire Maduro devrait être une mise en garde. La coercition extérieure, en l’absence d’un projet politique interne crédible, n’entraîne pas la liberté. Pour les décideurs occidentaux, confondre pression et transformation risque de laisser la République islamique gravement blessée mais toujours debout. Pour les Iraniens, attendre le salut de l’extérieur risque de retarder le travail plus difficile de définition d’un avenir politique qu’ils souhaitent, plutôt que simplement ce qu’ils veulent fuir.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER