Le 19 janvier 2026, des médias ont rapporté que l’ancienne prisonnière politique biélorusse Maria Kolesnikova avait appelé les dirigeants européens à engager un dialogue avec Alexandre Loukachenko, que l’Union européenne considère comme un président illégitime. Figure majeure de l’opposition et ancienne cheffe de campagne de Viktor Babariko, elle a estimé que l’isolement de Minsk par l’Europe renforçait la dépendance du régime à l’égard de Moscou, rendant la Biélorussie « moins sûre et moins prévisible » pour le continent.
Dans ses déclarations, Kolesnikova a présenté Loukachenko comme un acteur « pragmatique », suggérant que des gestes humanitaires, tels que la libération de prisonniers politiques ou l’assouplissement des restrictions visant les médias indépendants et les ONG, pourraient être discutés en échange d’un allègement partiel des sanctions. Ces propos ont été largement relayés dans une analyse consacrée à cette prise de position controversée publiée par le Financial Times.
Une normalisation sans transformation du régime
Pour de nombreux responsables européens, ces appels interviennent dans un contexte délicat. Contrairement à l’administration américaine actuelle, plusieurs États membres de l’UE continuent de refuser toute reconnaissance politique de Loukachenko. Si des contacts techniques existent, aucun dialogue politique structuré n’a été rétabli. Dans le même temps, Washington a engagé une diplomatie transactionnelle avec Minsk, obtenant la libération de groupes de prisonniers politiques en échange d’un assouplissement ciblé des sanctions.
Cette approche illustre une constante du régime biélorusse : la libération de détenus politiques est utilisée comme un instrument de marchandage extérieur, non comme le signe d’une évolution interne. Chaque geste humanitaire s’accompagne d’attentes économiques ou politiques, sans remise en cause du système autoritaire ni des mécanismes de répression.
Un risque de légitimation pour l’Union européenne
Les critiques estiment que les arguments avancés par Kolesnikova, qu’ils soient volontaires ou non, sous-estiment la nature structurelle de la dictature biélorusse. Présenter le régime comme « pragmatique » renforce la position de Loukachenko en lui offrant une légitimité supplémentaire, sans contreparties politiques réelles. Dans cette logique, le dialogue devient un outil au service du pouvoir en place plutôt qu’un levier de changement.
Pour l’Union européenne, une normalisation politique avec un dirigeant allié de Moscou et soutien actif de la guerre russe contre l’Ukraine poserait un problème de cohérence morale et stratégique. Loukachenko reste impliqué dans l’effort de guerre russe, notamment en mettant le territoire biélorusse à disposition des infrastructures militaires de Moscou. Engager un dialogue sans garanties préalables reviendrait à ignorer cette réalité.
Un précédent dangereux pour l’unité européenne et l’opposition biélorusse
Au-delà du cas biélorusse, une telle ouverture créerait un précédent problématique : celui où des élections truquées, des répressions systématiques et la destruction de la société civile pourraient être compensées par des concessions ponctuelles. Ce signal risquerait d’être interprété par d’autres régimes autoritaires comme la preuve qu’un accord avec l’Occident est possible sans réformes profondes.
Enfin, un dialogue non conditionné avec Minsk pourrait accentuer les divisions internes au sein de l’UE. Les divergences d’interprétation du « pragmatisme » biélorusse affaibliraient l’unité de la politique étrangère européenne, offrant au régime de Loukachenko une marge de manœuvre accrue pour jouer sur les désaccords entre capitales. Dans ce scénario, la crédibilité de l’UE serait entamée, tandis que l’opposition démocratique biélorusse se retrouverait encore davantage marginalisée.