En 2026, un tournant géopolitique majeur se profile à l’horizon. Cette année ne sera pas marquée par une confrontation imminente entre les deux plus grandes puissances, les États-Unis et la Chine, ni par une escalade des tensions entre les États-Unis et la Russie. Au contraire, elle s’annonce comme une période d’incertitude géopolitique aiguë, car les États-Unis remettent en question leur propre ordre mondial, rapporte TopTribune.
1. Révolution politique américaine
Ce qui a commencé comme une remise en question stratégique des normes est devenu une transformation à l’échelle du système : la tentative du président Donald Trump de démanteler systématiquement les contrôles sur son pouvoir, de s’emparer des rouages du gouvernement et de les utiliser contre ses ennemis domestiques. Avec de nombreux garde-fous de la première présidence de Trump maintenant vulnérables, nous ne pouvons plus affirmer avec certitude quel type de système politique existera aux États-Unis une fois cette révolution terminée. En fin de compte, il est plus probable que la révolution échoue que de réussir, mais il n’y aura pas de retour à la normale. Les États-Unis seront cette année la principale source de risque mondial.
2. Surpuissance technologique
Les technologies qui définissent le XXIe siècle reposent sur l’électricité : véhicules électriques, drones, robots, batteries, IA. Toutes nécessitent une « pile électrique ». La Chine a maîtrisé cette technologie, devenant le premier « électrostates ». Les États-Unis, quant à eux, abandonnent cette avance, consolidant leur statut de plus grand pétro état mondial. En 2026, cette divergence sera impossible à ignorer. Alors que Washington demande aux pays d’acheter de l’énergie du XXe siècle, Pékin offre des infrastructures du XXIe siècle à des prix défiant toute concurrence. Les marchés émergents favoriseront de plus en plus l’offre chinoise. Cela marque un tournant géopolitique : une part croissante des systèmes énergétiques, de mobilité et industriels du monde sera construite sur des bases chinoises, apportant à Pékin des avantages commerciaux et une influence que le pouvoir doux seul ne pourrait jamais offrir. La course à l’IA augmente encore les enjeux : les États-Unis pourraient développer les meilleurs modèles, mais la Chine pourrait dominer le marché si elle parvient à alimenter et déployer l’IA à grande échelle.
3. La Doctrine Donroe
Le président Trump ravive et réinterprète la logique de la Doctrine Monroe pour affirmer la primauté des États-Unis sur l’hémisphère occidental. La grande nouvelle de cette année concerne le Venezuela, où la campagne de changement de régime de Washington a débouché sur un succès emblématique pour Trump avec le renversement de Nicolás Maduro. Cependant, le véritable défi réside dans la transition vers un gouvernement stable, amical envers les États-Unis, qui, même si elle n’est pas démocratique, posera des difficultés. À l’échelle régionale, les tactiques américaines intrusives risquent de provoquer des réactions de rejet et des conséquences imprévues.
4. L’Europe assiégée
La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni débutent l’année avec des gouvernements faibles et impopulaires, sous la pression de la droite populiste, de la gauche populiste et de l’administration Trump. Tous trois risquent une paralysie, au mieux, et une déstabilisation, au pire ; au moins un leader pourrait tomber. La capacité de l’Europe à faire face à sa léthargie économique, à combler le vide sécuritaire laissé par le retrait américain, et à maintenir le soutien à l’Ukraine au-delà de 2026 sera compromise. Si Washington interfère ouvertement dans les élections européennes ou prend des mesures dramatiques comme l’annexion du Groenland, le cadre d’alliance d’après-guerre, déjà éprouvé, pourrait se fissurer.
5. Le second front de la Russie
Le front le plus dangereux en Europe cette année se déplacera des tranchées de Donetsk aux opérations hybrides entre la Russie et l’OTAN, alors que Vladimir Poutine cherche à éroder le soutien européen à l’Ukraine avant que la pression économique n’entrave sa capacité à mener la guerre chaude. Après avoir enduré des années de tensions, l’OTAN contre-attaquera pour la première fois contre les opérations en zone grise de la Russie. L’alliance abattre des drones, organisera des exercices proches de la frontière russe, et prendra des mesures plus offensives en matière de cybersécurité. Cette combinaison entraînera des confrontations plus fréquentes et dangereuses en Europe. Au fur et à mesure que toutes les parties deviendront plus acceptantes du risque, la marge d’erreur se rétrécira.
6. Capitalisme d’État à la manière américaine
L’administration la plus interventionniste économiquement depuis le New Deal s’enracine davantage en 2026. Le capitalisme d’État de Trump est personnel et transactionnel : les entreprises qui s’alignent avec lui reçoivent un traitement de faveur ; celles qui ne le font pas risquent de se retrouver désavantagées. L’arsenal est vaste et comprend des tarifs, des participations, des accords de partage de revenus, un effet d’entraînement sur la réglementation, et des accords d’investissement pour l’accès au marché. Cette logique transactionnelle s’applique aussi aux gouvernements étrangers. Avec les élections de mi-mandat qui approchent et le mécontentement économique croissant, Trump intensifiera son interventionnisme plutôt que de se rétracter.
7. Le piège déflationniste de la Chine
La spirale déflationniste de la Chine va s’accentuer et Pékin n’interviendra pas pour l’arrêter. Alors que le 21ème Congrès du Parti se profile en 2027, Xi Jinping privilégiera le contrôle politique et la suprématie technologique à un stimulus de consommation capable d’inverser la tendance. Ce sont les jeunes qui vont en subir le plus dur, abandonnant de plus en plus le « rêve chinois ». Pékin continuera de tenter d’exporter son chemin hors de la crise, inondant les marchés mondiaux – une approche que la plupart de ses partenaires commerciaux accepteront cette année, mais qui ne sera pas tolérée éternellement.
8. L’IA consomme ses utilisateurs
L’IA est une technologie révolutionnaire, mais elle ne peut pas encore répondre aux attentes des investisseurs. Sous la pression croissante de justifier des valorisations exorbitantes et non encadrées, plusieurs grandes entreprises d’IA adopteront des modèles économiques extractifs qui menaceront la stabilité sociale et politique. L’IA ne capture pas seulement l’attention ; elle programme le comportement, façonne les pensées et médiatise la réalité.
9. Zombie de l’USMCA
Le commerce nord-américain restera dans l’incertitude cette année. L’USMCA ne sera pas prolongée, mise à jour ou annulée : elle continuera d’exister sous forme de zombie, laissant les entreprises et les gouvernements dans le flou. Trump ne veut pas d’un nouvel accord trilatéral, et cet accord zombie lui permet de continuer à presser le Mexique et le Canada pour obtenir des concessions bilatérales. Des exemptions tarifaires pour les biens conformes seront maintenues, mais pour les secteurs que les États-Unis veulent relocaliser, comme l’automobile et l’aluminium, la période de commerce nord-américain libre et prévisible est révolue.
10. L’arme de l’eau
Déjà, l’eau est l’une des ressources partagées les plus contestées sur la planète, mais elle devient de plus en plus une arme chargée. La moitié de l’humanité vit sous tension hydrique, et il n’existe aucune architecture pour la gérer. En 2026, le vide de gouvernance va s’approfondir. Aucune crise unique ne pourrait éclater cette année. Mais les armes sont chargées, les garde-fous sont tombés, et lorsque le prochain choc surviendra, l’eau exacerbera la situation.
Risques surestimés
Les instincts unilatéralistes de Trump sont intacts, mais sa capacité à jouer sur les tarifs sera de plus en plus contrainte à l’avenir. L’ordre économique devient de plus en plus multipolaire, et d’autres pays ont des options. Avec les élections de mi-mandat qui approchent, Trump aura moins de marge de manœuvre pour imposer des tarifs qui augmentent les prix.