Le scandale des frais de scolarité dans les écoles de commerce : L'impact des classements internationaux sur l'augmentation des coûts.

Le scandale des frais de scolarité dans les écoles de commerce : L’impact des classements internationaux sur l’augmentation des coûts.

02.02.2026 21:17
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A la fin des années 1990, l’expansion des classements internationaux, notamment celui du Financial Times, a entraîné une transformation majeure du modèle des écoles de commerce européennes, plaçant la recherche académique au cœur de leur reconnaissance. Cette quête de publication, influencée par des standards largement américains, a engendré une flambée des coûts d’exploitation et des frais de scolarité, sans offrir de véritables bénéfices aux étudiants piégés dans un système qui privilégie les classements au détriment de la qualité des formations. Actuellement, il faut compter un minimum de 60 000 euros sur trois ans pour la plupart des écoles, un scandale qui semble devenu une nécessité pour exister sur la scène mondiale, rapporte TopTribune.

L’essor des classements et la standardisation académique

À partir de la fin des années 1990, les écoles de commerce s’engagent dans une compétition mondiale, marquée par une prolifération de classements internationaux redéfinissant brutalement les critères d’excellence académique. Le classement du Financial Times s’impose rapidement comme la référence incontournable, non seulement pour les étudiants, mais aussi pour les entreprises, les recruteurs et les partenaires institutionnels, devenant un outil de hiérarchisation global des business schools. Ces classements ne mesurent pas seulement des performances ; ils imposent un modèle. Parmi les critères évalués, la recherche académique prend une importance croissante, mesurée principalement par le volume de publications dans des revues à comité de lecture dites « classées ». Toutefois, ces revues sont extrêmement restreintes, très sélectives, et principalement anglo-saxonnes, avec une domination écrasante des États-Unis. Publier devient alors essentiel pour la survie institutionnelle. Afin de s’aligner sur ces attentes, les écoles européennes se voient dans l’obligation d’embaucher massivement des professeurs-chercheurs capables de publier selon ces normes, ce qui nécessite souvent des doctorats obtenus dans des universités américaines, une maîtrise des codes académiques anglo-saxons et la capacité de produire des articles respectant les attentes d’un milieu scientifique fermé.

Un marché mondial de recherches et la montée des coûts

Cette transformation engendre mécaniquement un marché international extrêmement tendu pour les professeurs-chercheurs. Ces profils sont rares, très recherchés, et mobiles, ce qui provoque une forte inflation des salaires. Un enseignant débutant, titulaire d’un doctorat reconnu, peut réclamer des salaires annuels avoisinant ou dépassant les 150 000 euros, tandis que les professeurs émérites publiant dans les meilleures revues deviennent pratiquement inaccessibles financièrement. Pour les écoles européennes, ces recrutements constituent un choc structurel. Les coûts de fonctionnement augmentent considérablement, sans que les ressources traditionnelles suivent le rythme. Contrairement aux grandes universités américaines, elles ne disposent ni de dotations élevées ni de fondations capables d’absorber durablement ces coûts. Des institutions comme Harvard University possèdent en effet des fonds atteignant des milliards de dollars, résultant d’une longue tradition de frais de scolarité élevés, de dons privés et d’une gestion financière innovante. Cette puissance financière leur permet de soutenir la recherche sans compromettre leur modèle économique. En revanche, les écoles de commerce européennes n’ont qu’une option d’ajustement véritable : l’augmentation des frais de scolarité. Ces derniers progressent de façon continue, atteignant aujourd’hui des niveaux inimaginables il y a vingt ou trente ans, rapprochant l’Europe d’un modèle américain sans les amortisseurs financiers. En conséquence, cette sélection est à la fois sociale et élitiste. Les grandes écoles de commerce arguent qu’il existe des bourses. C’est vrai, mais leur nombre est limité et les classes moyennes n’y ont pas accès. Quelle famille peut investir 60 000 euros dans une formation ?

Une recherche centrée sur elle-même et des étudiants lésés

Du point de vue de l’étudiant, cette évolution est largement absurde. La recherche en sciences de gestion est présentée comme un enrichissement pédagogique, mais dans la réalité, elle bénéficie peu aux apprenants. Contrairement aux sciences exactes ou à l’ingénierie, la recherche en management aboutit rarement à des innovations directement applicables aux entreprises. Dans la majorité des cas, c’est plutôt l’inverse : les entreprises produisent des pratiques, des organisations et des innovations managériales, que les chercheurs observent, théorisent et formalisent dans des articles destinés avant tout aux autres chercheurs. La recherche sert ainsi principalement à alimenter des carrières académiques et à améliorer les indicateurs des classements, bien plus qu’à enrichir les contenus pédagogiques. Un autre problème majeur est que de nombreux enseignants, recrutés pour leurs capacités de publication, n’ont souvent pas d’expérience significative en entreprise. Leur valeur académique est indéniable, mais leur capacité à transmettre des savoirs opérationnels s’avère fréquemment limitée. Ce décalage est particulièrement marqué dans les programmes exécutifs, où des publics expérimentés attendent des retours d’expérience concrets et se heurtent à des modèles théoriques déconnectés des réalités du terrain. Le résultat est un système paradoxal où les étudiants, par des frais de scolarité toujours plus élevés, financent une recherche dont ils ne tirent que très marginalement profit, tout en se retrouvant avec un enseignement parfois appauvri sur le plan pratique.

Un marché de marques et une dépendance intellectuelle

Si ce système perdure malgré ses incohérences, c’est parce que l’enseignement supérieur en gestion fonctionne avant tout comme un marché de marques. Émerger dans les classements internationaux est devenu crucial pour attirer des étudiants étrangers, établir des partenariats et maintenir une visibilité mondiale. Se retrouver à l’extérieur des classements signifie risquer une marginalisation rapide. Des établissements tels que HEC Paris, ESSEC Business School, ESCP Business School, EM Lyon ou Edhec n’ont donc guère d’option. Pour exister à l’international, ils doivent publier, et pour publier, ils doivent se conformer aux normes académiques dominantes. Cette conformité n’est pas seulement économique ou organisationnelle ; elle est aussi intellectuelle. En contrôlant les grandes revues scientifiques et les critères de légitimité académique, le milieu universitaire américain exerce une influence significative sur la manière d’envisager le management, la gouvernance et l’entreprise. En adoptant ces normes, les écoles européennes importent une vision du monde et des cadres conceptuels qui ne s’adaptent pas nécessairement à leurs contextes économiques et sociaux.

Conclusion

Le scandale des frais de scolarité dans les écoles de commerce n’est pas un phénomène marginal, mais le fruit d’un système profondément absurde et dysfonctionnel, où les étudiants, ne tirant aucun réel bénéfice de la recherche académique, se voient contraints à des paiements toujours croissants pour financer une compétition stérile aux classements. Nous avons atteint une situation où la connaissance produite n’est utile ni aux étudiants ni aux entreprises, mais uniquement à d’autres chercheurs et à des indicateurs de classements, dans un entre-soi académique totalement autocentré. Cette logique manque de sens économique, pédagogique, et ne répond pas à l’intérêt général, reposant sur une dépendance intellectuelle aux standards américains totalement inadaptés aux écoles de commerce européennes. Il est impératif de remettre en question cette prépondérance des classements anglo-saxons et de repenser fondamentalement les critères d’évaluation des écoles de commerce en Europe, en construisant des classements basés sur la qualité de la formation, l’impact réel sur les entreprises et l’employabilité des étudiants, plutôt que sur des publications de recherche dénuées d’applicabilité opérationnelle.

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