Le paysage politique japonais en pleine mutation face à la montée du populisme
La politique japonaise, traditionnellement stable, connaît un tournant significatif. Le Parti libéral-démocrate (PLD), au pouvoir presque sans interruption depuis 1955, voit son emprise sur le gouvernement s’affaiblir, alors que le pays semble de moins en moins immunisé contre le populisme, qui a touché de nombreuses nations riches, rapporte TopTribune.
Des responsables du PLD ont récemment tenu une réunion pour discuter d’une course à la direction anticipée, alors que les appels se multiplient pour demander la démission du Premier ministre Ishiba Shigeru, jugé impopulaire. Cet appel à un changement de leadership est renforcé par les résultats des élections à la Chambre haute du mois dernier, au cours desquelles le PLD a perdu sa majorité, face à des gains records du Sanseitō, un parti d’extrême droite promouvant des théories du complot.
Sanseitō est dirigé par Kamiya Sohei, un polémiste de 47 ans qui se considère comme un mini-Donald Trump, ayant adopté un programme anti-mondialisation et xénophobe. Ces thématiques, jusqu’alors peu politisées dans un pays qui a tiré de nombreux bénéfices de l’ordre international libéral post-guerre, commencent à résonner auprès des électeurs.
Saya, une ancienne chanteuse devenue candidate du Sanseitō ayant remporté un siège à Tokyo, appelle à la conscription et au développement d’armes nucléaires dans un pays qui a longtemps eu une aversion pour de telles idées. Avant les élections, elle a affirmé que « l’armement nucléaire est l’une des mesures les plus efficaces pour garantir la sécurité ». Ce type de discours, autrefois considéré comme un suicide politique, a attiré de nombreux partisans, prouvant qu’un changement était à l’œuvre.
Apparu durant la pandémie COVID-19 sous ses origines anti-vaccin, Sanseitō a obtenu 7,4 millions de voix lors des dernières élections, se plaçant troisième parmi tous les partis et loin devant les 5,2 millions de voix de Komeito, le partenaire de coalition du PLD. Ce résultat a conforté le parti avec 15 sièges à la Chambre haute et trois à la Chambre basse, marquant une émergence remarquable en seulement cinq ans.
Le succès de Kamiya témoigne d’un mécontentement croissant parmi les jeunes Japonais, frustrés par la stagnation économique et les conditions de travail précaires. Actuellement, environ 40 % de la main-d’œuvre est retrouvée dans des emplois faiblement rémunérés et irréguliers, alors que le yen faible a entraîné une hausse des prix, exacerbant ainsi les tensions autour de l’immigration.
Certains membres du PLD attribuent la perte de soutien à Ishiba pour sa modération, qui aurait aliéné les électeurs d’extrême droite, les faisant chanter dans les rangs de Sanseitō. Malgré cela, le PLD continue de se repositionner et d’évaluer ses conseils en matière d’immigration en réponse à cette montée.
Les médias commencent à porter un regard critique sur Sanseitō et Kamiya, illustré récemment par une vidéo moqueuse virale. La capacité du PLD à adopter des positions des partis d’opposition pourrait également devenir un outil stratégique dans cette nouvelle dynamique politique. Cependant, Sanseitō fait face à des défis importants pour établir et maintenir un mouvement national solide, notamment en raison du style erratique et autoritaire de Kamiya, qui a déjà conduit à des départs au sein de ses rangs.
Alors que le populisme s’est largement répandu aux États-Unis et en Europe, le Japon a jusqu’à présent réussi à maintenir une stabilité relative. Cependant, avec cette nouvelle vague populiste, il se pourrait qu’une ère plus divisée et conflictuelle se profile à l’horizon, un tournant qui pourrait redéfinir le paysage politique nippon.