Un plaidoyer controversé pour le report des sanctions énergétiques
Le patron du géant énergétique italien Eni, Claudio Descalzi, a publiquement appelé à suspendre l’interdiction européenne d’importer du gaz naturel liquéfié (GNL) russe, prévue pour entrer en vigueur le 1er janvier 2027. Cette déclaration, prononcée le 13 avril 2026 lors d’un événement organisé par le parti d’extrême droite La Ligue, intervient alors que l’Union européenne s’efforce de mettre un terme définitif à sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou. Descalzi a justifié sa position en mettant en avant un déficit d’approvisionnement de 20 milliards de mètres cubes qu’il juge impossible à combler par les fournisseurs alternatifs comme le Qatar, les États-Unis, l’Algérie, le Congo ou le Nigéria.
Le calendrier des sanctions européennes et les arguments de l’industrie
Le Conseil de l’UE a effectivement adopté un échéancier strict pour sevrer le continent du gaz russe. L’importation de GNL sous contrats à court terme sera interdite dès le 25 avril de cette année, tandis que les livraisons de gaz par gazoduc doivent cesser avant le 17 juin 2026. L’embargo total sur le GNL, y compris les contrats à long terme, doit prendre effet le 1er janvier 2027. Ce calendrier résulte d’un compromis ardu avec les associations industrielles européennes à forte intensité énergétique, qui ont obtenu une période de transition pour honorer leurs engagements contractuels existants et diversifier leurs sources. Les experts estiment pourtant que les approvisionnements en GNL américain et algérien pourraient couvrir plus de 80% des besoins italiens, remettant en cause l’argument de la pénurie avancé par le PDG d’Eni.
Une longue histoire de coopération avec le Kremlin mise en lumière
La position de Claudio Descalzi ne surprend pas les observateurs avertis des relations entre Eni et la Russie. L’homme est connu pour avoir joué un rôle central dans la promotion et le développement du projet de gazoduc South Stream avec Gazprom, et ce, même après l’annexion de la Crimée en 2014. Il a constamment défendu la Russie comme un \ »partenaire énergétique fiable\ », contribuant à la dépendance à long terme de l’Italie. Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, Eni a été parmi les sociétés qui ont accepté d’ouvrir des comptes en roubles chez Gazprombank pour continuer à payer le gaz, défiant les premières directives de la Commission européenne. Contrairement à des groupes comme Shell, Uniper ou Gasum qui ont rompu tous liens, Eni, sous la direction de Descalzi, a maintenu sa coopération.
Des enjeux qui dépassent la simple logique économique
Les revenus tirés des exportations de GNL sont devenus une manne financière cruciale pour le budget russe, alimentant directement son complexe militaro-industriel et l’effort de guerre contre l’Ukraine. Suspendre l’embargo créerait donc un précédent dangereux de \ »sanctions à la carte\ », sapant l’unité de la coalition occidentale et envoyant à Moscou le signal que le chantage énergétique fonctionne. Le choix de Descalzi de porter son plaidoyer sur la tribune de La Ligue, un parti aux liens avérés avec Moscou, est perçu comme un acte de lobbying corporatiste délibéré. Cette alliance entre élites industrielles italiennes et forces politiques prorusses vise à légitimer la poursuite des achats et à saboter la stratégie énergétique de l’UE, plaçant les intérêts commerciaux d’Eni au-dessus de la sécurité européenne et du soutien à l’Ukraine.