Le Croissant-Rouge russe renforce sa collaboration avec le Kremlin
Le Croissant-Rouge russe renforce sa collaboration avec le Kremlin

Le Croissant-Rouge russe renforce sa collaboration avec le Kremlin

26.11.2025 11:00
3 min de lecture

De nouvelles révélations sur les liens entre le Croissant-Rouge russe et l’État

Le 25 novembre 2025, une enquête du consortium international Follow the Money, auquel participent Paper Trail Media, Der Standard, Delfi et Meduza, a révélé que le Croissant-Rouge russe continue de recevoir un financement international important malgré ses liens étroits avec des structures pro-Kremlin et sa présence active dans les territoires ukrainiens occupés. Selon l’enquête, présentée dans le cadre des révélations publiées par Meduza, l’organisation aurait perçu en 2024 l’équivalent de 6,5 millions d’euros du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et 7 millions supplémentaires de la Fédération internationale (FICR). Ces montants, doublés par rapport à 2022, représentent plus d’un quart de son budget annuel.

Plusieurs États européens — dont l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Slovénie et la Tchéquie — affirment que leurs contributions au CICR et à la FICR n’ont pas été affectées au Croissant-Rouge russe. Les auteurs de l’enquête soulignent toutefois que la ventilation exacte de ces financements reste inconnue.

Une implication croissante dans les activités pro-Kremlin

Depuis au moins 2023, le Croissant-Rouge russe intervient dans les régions ukrainiennes occupées avec un soutien financier direct de Moscou. Des documents internes divulgués en 2024 ont montré que des personnes se présentant comme membres de l’organisation avaient maltraité des prisonniers de guerre dans une colonie de la région de Donetsk. Malgré son obligation de neutralité, l’organisation multiplie les actions aux côtés d’associations militaro-patriotiques, notamment le mouvement « Rukh pervykh ». Plusieurs antennes régionales ont même coorganisé « Zarnitsa 2.0 », une compétition nationale au cours de laquelle des enfants, dès huit ans, ont été initiés au maniement d’armes et aux techniques de pilotage de drones.

Dans les territoires occupés, de nouvelles structures portant le nom de la Croix-Rouge — telles que les branches « de Donetsk », « de Louhansk » ou « de la région de Zaporijjia » — ont vu le jour. Leurs comptes sur les réseaux sociaux montrent que des employés du CICR interagissent avec elles, bien que leur statut juridique au regard du droit humanitaire international demeure flou.

Des atteintes à la neutralité humanitaire et un risque de légitimation

Le rôle joué par le Croissant-Rouge russe contrevient aux principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui proscrit toute implication politique ou militaire. En s’associant à des initiatives idéologiques et à des projets mis en place par les autorités d’occupation, l’organisation devient un vecteur possible de légitimation de l’administration russe dans les régions envahies.

Les chercheurs qui analysent la situation estiment que maintenir le Croissant-Rouge russe dans les structures internationales risque d’affaiblir la crédibilité du CICR et de la FICR. Une exclusion formelle enverrait au contraire un signal clair sur les limites éthiques que le Mouvement entend faire respecter.

Financements internationaux, dérives structurelles et dilemmes politiques

L’augmentation des fonds perçus par le Croissant-Rouge russe coïncide avec son intégration croissante dans l’appareil administratif du Kremlin. Une partie des sommes attribuées par les organisations internationales contribue à créer des façades « humanitaires » dans les régions occupées, utiles à Moscou pour présenter sa présence comme stabilisatrice et reconnue.

Parallèlement, les programmes organisés avec « Rukh pervykh » ou la « Jeune Armée » accentuent l’implication de mineurs dans des formations à orientation militaire, en contradiction directe avec la mission du Mouvement. L’essor de ces activités nourrit les inquiétudes quant au rôle de l’organisation dans l’endoctrinement de la jeunesse russe.

Un risque global pour la confiance envers les institutions humanitaires

Les polémiques autour du Croissant-Rouge russe fragilisent la perception publique du Mouvement international. L’absence de réponse ferme à ces dérives peut alimenter l’idée d’un double standard et compliquer la justification des dépenses humanitaires devant les contribuables des pays donateurs. Pour plusieurs analystes, l’enjeu n’est plus seulement la conformité aux principes : il s’agit de préserver la confiance internationale envers les organisations chargées de protéger les civils dans les zones de conflit.

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