Une augmentation alarmante de la consommation de protoxyde d’azote chez les jeunes
Ces dernières années, la consommation détournée de cartouches de protoxyde d’azote, parfois nommées « proto » ou « gaz hilarant », a explosé parmi les jeunes, transformant cet anesthésique utilisé dans le milieu médical en un enjeu de santé publique. Utilisé principalement comme gaz de pressurisation dans les aérosols alimentaires, il est désormais détourné pour ses effets euphorisants de courte durée. Dans les dernières statistiques, entre 2020 et 2023, le nombre de signalements liés à cette pratique a triplé, et les cas graves d’addictovigilance ont augmenté de 3,8, rapportent TopTribune.
Selon Santé publique France, 59 % des signalements concernent des usages répétés sur plus d’un an. Cependant, une prise en charge en addictologie n’est proposée que dans 16 % des cas, ce qui soulève des inquiétudes quant à la gestion de cette tendance critique. Pour répondre à ces défis, une nouvelle filière spécialisée dans la prise en charge des addictions liées au protoxyde d’azote a récemment été établie à l’hôpital René-Muret de Sevran, en Seine-Saint-Denis.
De lourdes séquelles neurologiques
« L’usage détourné du protoxyde d’azote est en hausse en Île-de-France chez les mineurs et jeunes adultes, avec de nombreux cas de consommations chroniques et répétées, parfois quotidiennes, et en grandes quantités », explique l’Agence régionale de Santé (ARS) d’Ile-de-France. Des cas de complications telles que des atteintes au système nerveux central et périphérique sont en forte augmentation, constate la Pr Florence Vorspan, cheffe du service d’addictologie de l’hôpital. « On observe des troubles de la motricité pouvant aller jusqu’à la paralysie, de l’incontinence, et des douleurs. »
Les complications thromboemboliques, incluant des embolies pulmonaires et des accidents vasculaires cérébraux, sont également citées. Certains patients présentent des séquelles irréversibles. « La plupart des patients que nous voyons arrivent déjà au stade des complications. Ils ont 25 ou 30 ans et des années de consommation de protoxyde d’azote derrière eux », indique Florence Vorspan, constatant un changement marquant par rapport aux profils observés il y a une décennie.
Une prise en charge pluridisciplinaire
La gestion des patients ayant subi des séquelles dues à cette consommation nécessite une approche pluridisciplinaire, impliquant addictologie, neurologie, urgences et autres structures spécialisées. « Ce dispositif se distingue par sa complémentarité médicale entre la prise en charge des conduites addictives et les soins neurologiques pour ceux qui souffrent de troubles physiques », précise l’ARS Île-de-France.
L’évaluation des patients se fait de manière individualisée selon leur état de santé. « Certains souffrent de troubles cognitifs qui compliquent les consultations classiques en addictologie », souligne Florence Vorspan. Il est crucial d’agir rapidement, car la majorité des patients montrent une carence en vitamine B12, liée à une consommation excessive de protoxyde d’azote, ce qui exacerbe les troubles neurologiques et cognitifs. Une supplémentation en vitamine B12 à haute dose est souvent nécessaire, avec une hospitalisation pour des soins appropriés.
Le traitement repose en grande partie sur l’abandon total du protoxyde d’azote. « Éviter la rechute est tout l’enjeu de la prise en charge. Sans un arrêt strict, la récupération ne sera pas durable. L’idée selon laquelle le protoxyde d’azote ne crée pas d’addiction est complètement fausse. La dépendance se manifeste lorsque la consommation devient obsessionnelle », soutient l’addictologue.
Les acteurs de soins espèrent que la création de cette nouvelle filière permettra de détecter plus rapidement les patients avant l’apparition de complications graves. « La plupart n’ont pas conscience de leur consommation problématique et arrivent lorsque les lésions sont déjà présentes. En soutenant les acteurs de terrain et les services d’urgences, nous souhaitons intervenir plus précocement pour éviter des séquelles irréversibles », conclut Florence Vorspan.