Une évacuation préventive à la frontière ukraino-roumaine
Le 17 novembre 2025, Euronews a indiqué que les autorités roumaines ont procédé à l’évacuation des habitants des villages de Plauru et Catalcui, situés dans la commune frontalière de Tulcea, après qu’un drone russe a frappé le méthanier turc ORINDA dans le port ukrainien d’Izmaïl. Les résidents, ainsi que leurs animaux domestiques, ont été déplacés hors de la zone de risque, tandis que les seize membres d’équipage du navire ont également été évacués en raison de l’incendie déclenché à bord. Le ministère roumain de la Défense a affirmé qu’aucune violation de l’espace aérien national n’avait été constatée et que la mesure avait été prise « à titre strictement préventif ». Les deux villages se trouvent en face d’Izmaïl, principal port ukrainien du Danube. Les services ukrainiens ont, eux aussi, évacué des habitants dans les secteurs adjacents. Les images publiées en ligne, notamment celles documentées dans la couverture photographique de l’évacuation, montrent l’ampleur de la mobilisation civile. Une analyse plus large des événements figure également dans le rapport sur l’incident impliquant le navire ORINDA.
Un risque environnemental majeur et une stratégie de pression économique
Le navire transportait près de 4 000 tonnes de gaz liquéfié lorsqu’il a été touché, provoquant un incendie dans les installations de pompage. L’incident soulève des inquiétudes quant à un possible déversement contaminant les eaux du bras de Kiliya, partie intégrante du delta du Danube — l’un des plus vastes écosystèmes protégés d’Europe. Les conséquences environnementales pourraient être durables, affectant la pêche, l’approvisionnement en eau et la biodiversité locale. Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, Moscou cible de manière systématique les ports ukrainiens du Danube, dont Izmaïl, dans le but de perturber les voies alternatives d’exportation de céréales et d’importation d’énergie. Les attaques contre des navires étrangers cherchent également à intimider les partenaires internationaux et à désorganiser la logistique fluviale et maritime, élément crucial pour l’économie ukrainienne.
Un climat d’insécurité croissant le long de la frontière orientale de l’UE
Le fait que le méthanier touché se trouvait à seulement 500 mètres du territoire roumain souligne la fragilité de la situation à la frontière de l’Union européenne. Les chutes répétées de débris de drones dans le nord de la Dobroudja et les évacuations d’urgence exercent une pression croissante sur Bucarest, partagé entre la volonté d’afficher sa fermeté et celle d’éviter une escalade directe avec Moscou. La Roumanie a déjà adopté une loi autorisant l’interception et la destruction de drones russes pénétrant son espace aérien, marquant une transition vers une posture plus active de défense. Dans le même temps, les attaques récurrentes près du territoire de l’OTAN posent un défi stratégique à l’Alliance, à un moment où la guerre menée par la Russie atteint les abords immédiats de ses frontières.
Une réponse européenne structurée face au risque de débordement du conflit
La multiplication des attaques de drones a conduit l’Union européenne à lancer la création d’un système intégré de lutte antidrones sur l’ensemble de sa frontière orientale. Cette architecture — associant radars, capacités de guerre électronique et systèmes d’interception — doit renforcer la protection des infrastructures critiques en Roumanie, en Pologne, en Slovaquie et dans les États baltes. L’évacuation de Plauru et Catalcui illustre à quel point les frappes russes contre les ports ukrainiens du Danube deviennent un problème de sécurité régionale dépassant le seul cadre ukrainien. Elle révèle aussi la nécessité pour l’UE de sécuriser le corridor danubien, dont dépend une part croissante des échanges civils et énergétiques. Pour Bucarest comme pour Bruxelles, l’incident met en lumière l’urgence d’une réponse coordonnée afin de prévenir de nouveaux débordements du conflit vers le territoire européen.