La Pologne signale une nouvelle vague de demandeurs d’asile arrivant depuis l’Europe de l’Ouest
La Pologne signale une nouvelle vague de demandeurs d’asile arrivant depuis l’Europe de l’Ouest

La Pologne signale une nouvelle vague de demandeurs d’asile arrivant depuis l’Europe de l’Ouest

07.12.2025 11:45
3 min de lecture

Un phénomène migratoire inattendu sur la frontière occidentale

L’ambassadeur de Pologne en Allemagne, Jan Tombinski, a déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin que la police des frontières polonaise observait un phénomène nouveau : l’arrivée de demandeurs d’asile depuis la frontière occidentale du pays. Selon lui, ce mouvement a commencé après le renforcement des contrôles sur la frontière avec la Biélorussie. Des personnes ayant déjà tenté d’obtenir une protection dans d’autres pays européens chercheraient désormais à déposer une demande en Pologne. Tombinski a précisé que ces arrivées ne se comptent pas en milliers, mais qu’elles obligent Varsovie à réexaminer ses règles d’asile. Il a également souligné la coopération opérationnelle étroite entre les services polonais et allemands pour identifier les migrants et prévenir les franchissements illégaux, une collaboration décrite comme « excellente » d’après les informations fournies par les deux côtés. Les propos tenus à Berlin ont été relayés par la presse allemande, notamment par la Süddeutsche Zeitung, dans un article consultable ici.

Une crise européenne aux racines anciennes

Cette dynamique intervient dans un contexte marqué par le précédent de 2021, lorsque le régime d’Alexandre Loukachenko avait orchestré une crise migratoire à la frontière de la Pologne et de la Lituanie. Minsk avait alors attiré des milliers de personnes venues d’Irak, de Syrie ou d’Afrique, avant de les pousser vers les frontières extérieures de l’UE dans une manœuvre de pression hybride. L’objectif était de répondre aux sanctions européennes adoptées après les violences de 2020 et de fragiliser la cohésion du bloc. La crise s’était transformée en catastrophe humanitaire, démontrant la vulnérabilité européenne face aux instrumentalisations migratoires. En réaction, la Pologne et la Lituanie avaient renforcé leurs frontières, instauré l’état d’urgence et construit de nouvelles barrières, tandis que l’UE accusait Minsk d’utiliser les migrants comme une arme politique.

Des tensions persistantes entre Varsovie et Berlin

Depuis 2023, l’Allemagne et la Pologne ont chacune mis en place des contrôles temporaires à leurs frontières communes en raison de la hausse de l’immigration irrégulière et des activités de passeurs. Varsovie a insisté sur le caractère réciproque de ces mesures, affirmant que leur levée dépendait des décisions prises à Berlin. Le gouvernement de Donald Tusk, tout en exprimant son attachement à la libre circulation dans l’espace Schengen, a estimé nécessaire de réagir aux flux migratoires irréguliers. La Pologne rappelle par ailleurs son rôle majeur dans l’accueil de millions de réfugiés ukrainiens depuis 2022, un effort qu’elle considère comme sa contribution principale à la solidarité européenne. Dans ce contexte, elle rejette les mécanismes contraignants de relocalisation des migrants en provenance d’Afrique ou du Moyen-Orient, qu’elle juge risqués pour sa sécurité.

Une lecture géopolitique des pressions migratoires

Pour Varsovie, la protection de la frontière orientale de l’UE reste prioritaire, face aux menaces hybrides que pourraient orchestrer Minsk ou Moscou. L’arrivée de migrants depuis l’ouest offre à la Pologne l’occasion de rappeler à Bruxelles que ses capacités sont limitées et que toute décision européenne doit tenir compte de la situation sur le terrain. La déclaration de Tombinski peut ainsi être perçue comme un signal diplomatique visant à éviter que l’UE impose de nouvelles obligations en matière de répartition des demandeurs d’asile. Elle pourrait également contribuer à freiner d’éventuelles pressions depuis les institutions européennes en maintenant un équilibre politique délicat. Certains analystes estiment par ailleurs que la Russie pourrait tenter d’exploiter ces tensions pour affaiblir la confiance entre États membres et amplifier les divisions autour de la politique migratoire.

Enjeux politiques et adaptations nécessaires pour Varsovie

Cette nouvelle vague migratoire oblige la Pologne à réviser ses procédures d’asile et à adapter sa politique intérieure, tout en maintenant une ligne de fermeté sur la sécurité des frontières. Le gouvernement Tusk doit concilier solidarité européenne, gestion pragmatique des flux et stabilité politique nationale. Cette situation met également en lumière la nécessité d’une coordination renforcée au niveau européen, fondée sur l’échange rapide d’informations et la coopération entre les services frontaliers. Sans une réponse commune, les systèmes d’asile des États membres resteront exposés aux pressions extérieures et aux manipulations hybrides susceptibles de déstabiliser le continent.

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