Un suspect interpellé à Cracovie dans un contexte de recrudescence des cyberattaques
Les forces de police polonaises ont arrêté à Cracovie un citoyen russe soupçonné d’intrusion illégale dans les systèmes informatiques de plusieurs entreprises du pays. Le ministre de l’Intérieur, Marcin Kierwiński, a précisé que l’objectif principal du pirate était d’obtenir un accès non autorisé à des bases de données sensibles. L’arrestation survient alors que la Pologne et les États baltes figurent parmi les principales cibles des opérations informatiques hostiles depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, comme le rappelle Reuters. Moscou nie toute implication et accuse Varsovie de « russophobie ».
Selon Varsovie, cette nouvelle affaire s’inscrit dans une série d’incidents — incendies criminels, sabotages et attaques numériques — qui ont poussé les pays européens à renforcer la surveillance des activités hostiles attribuées à la Russie. Les autorités polonaises estiment que ces opérations visent à perturber les services essentiels et à tester la résilience des États membres de l’OTAN face à des tactiques hybrides.
Une intensification sans précédent des cyberattaques visant la Pologne
Krzysztof Gawkowski, vice-Premier ministre et ministre polonais du Numérique, affirme que la Pologne enregistre aujourd’hui le volume de cyberattaques le plus élevé de l’Union européenne. D’après lui, jusqu’à 4 000 incidents sont détectés chaque jour, dont environ un millier présentent un niveau de danger suffisant pour déclencher une intervention immédiate. Les infrastructures critiques — eau, assainissement, énergie — représentent les cibles les plus fréquentes. La majorité des attaques identifiées est attribuée à des groupes de hackers prorusses.
Les services de sécurité polonais estiment que la Russie a triplé en 2025 les ressources allouées à ses opérations numériques hostiles contre la Pologne. Varsovie y voit deux motivations principales : la forte implication polonaise dans le soutien militaire et politique à l’Ukraine, et les tentatives du renseignement russe de mesurer la réaction des membres de l’OTAN face aux formes hybrides d’agression. Pour Gawkowski, la Pologne se trouve désormais dans « un état de guerre hybride » avec la Russie.
Pression accrue sur les capacités de défense, malgré un investissement record
Pour renforcer sa résilience, la Pologne a prévu en 2025 un budget historique d’un milliard d’euros consacré à la cybersécurité. Toutefois, les autorités reconnaissent que ces investissements se heurtent à plusieurs obstacles internes : logiciels obsolètes, manque de spécialistes et fragmentation des systèmes de protection. Ces vulnérabilités facilitent les intrusions et rendent les défenses nationales plus sensibles aux offensives numériques menées depuis l’étranger.
Au sein de l’OTAN, le Centre d’excellence pour la cyberdéfense coopérative, basé à Tallinn, joue un rôle crucial dans la formation, la recherche et les exercices de simulation, tels que Locked Shields. Bien que l’Alliance ait considérablement accru ses investissements depuis 2016, la plupart des États membres privilégient encore une approche défensive strictement nationale, alors que les défis actuels exigent des capacités communes et des stratégies coordonnées.
Un cyberconflit que l’OTAN peine à reconnaître
En 2025, seuls les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada mènent activement des opérations offensives dans le cyberespace au sein de l’Alliance. Les autres États membres se limitent à une posture défensive, ce que les experts jugent insuffisant. Selon plusieurs analystes militaires, l’OTAN se trouve déjà engagée dans un cyberconflit, mais hésite à l’admettre officiellement. Cette réticence est exploitée par les groupes prorusses, qui profitent des lenteurs décisionnelles pour multiplier les attaques.
Les spécialistes recommandent à l’Alliance d’adopter une stratégie plus proactive : modernisation des cadres juridiques, réforme des structures institutionnelles, augmentation substantielle des budgets et développement de capacités offensives adaptées aux menaces actuelles. Sans ces évolutions, les États membres risquent de rester exposés à des opérations numériques toujours plus agressives.