La nécessité d'un nouveau modèle pour Cuba : un appel à l'action des Cubains

La nécessité d’un nouveau modèle pour Cuba : un appel à l’action des Cubains

08.01.2026 16:56
6 min de lecture

Cuba face à une instabilité croissante après la capture de Maduro par les États-Unis

Le président américain Donald Trump a exclu toute action militaire américaine contre Cuba tout en émettant un jugement sévère sur la stabilité économique et politique de l’île. “Je pense que ça va simplement s’effondrer,” a-t-il déclaré. “Ça descend pour le compte.” La capture et l’extraction du leader vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis ont ravivé une question douloureuse pour Cuba : que se passe-t-il lorsque un allié proche, qui fournit de l’énergie au pays, pourrait ne plus être en mesure de le faire ?, rapporte TopTribune.

Les États-Unis exercent des pressions sur Delcy Rodriguez, récemment investie présidente du Venezuela, pour qu’elle interrompe les livraisons de pétrole à Cuba, qui recevait environ 35 000 barils par jour de Venezuela à la fin de 2025. La saisie de pétroliers liés au Venezuela par les forces américaines dans l’Atlantique Nord et les Caraïbes a accru l’incertitude concernant les expéditions de Caracas vers La Havane.

Pour Cuba, cette incertitude n’est pas abstraite. Elle concerne le carburant pour les centrales électriques, les transports et les services de base. Cependant, la crise vénézuélienne révèle un test de stress. La véritable cause de la crise cubaine réside dans son modèle économique fragile. Cuba est confrontée à une double crise : une crise interne de règles, d’incitations et de légitimité, et une crise externe de soutien en diminution et de contraintes croissantes.

Les crises jumelles de Cuba

La gravité de la tragédie est difficile à sous-estimer. L’économie cubaine est environ 15 % plus petite qu’elle ne l’était en 2018. Le tourisme, une source majeure de devises pour le pays, reste bien en deçà des niveaux d’avant la pandémie ; les analyses utilisant des données officielles montrent que les arrivées de touristes en 2025 étaient moins de la moitié de celles de 2019. La production d’électricité a chuté de manière significative : la production de 2025 était environ 25 % inférieure à celle de 2019.

Les indicateurs sociaux sont encore plus alarmants car ils révèlent l’effondrement de la capacité de l’État à répondre à ses obligations. Le taux de mortalité infantile à Cuba—auparavant une fierté nationale—a fortement augmenté, passant d’environ 4 pour 1 000 naissances vivantes en 2018 à plus de 9 pour 1 000 en 2025. Le nombre de médecins a considérablement diminué : les statistiques officielles montrent que le nombre de médecins inscrits est passé de 106 131 en 2021 à 75 364 à la fin de 2024, soit une baisse de 29 %.

Ces résultats ne sont pas simplement mauvais. Ils indiquent un système qui ne protège plus ce qu’il doit et qui ne délivre plus ce qu’il promet. Lorsque les gens ne peuvent pas planifier une semaine à l’avance en raison des coupures de courant, de l’instabilité des transports et des fournitures de base, l’économie devient fragile. Lorsque les institutions peinent à fournir des services courants, l’État perd son autorité, même parmi les citoyens qui évitent la politique.

La seconde moitié de la crise trouve sa source dans le fait que le modèle cubain est devenu une machine à décourager l’initiative et à éviter la responsabilité. Économiquement, le système considère encore la production privée comme quelque chose à contrôler plutôt qu’à développer. Le secteur privé a vu les restrictions augmenter de manière intermittente, laissant aux entrepreneurs un enseignement simple : ne construisez pas trop, ne planifiez pas trop loin et conservez toujours une option de sortie. Cela ne provoque pas un développement durable mais favorise l’informalité et étouffe la productivité.

Les défis politiques et économiques de Cuba

Politiquement, la concentration du pouvoir et le manque de transparence et de responsabilité représentent non seulement des problèmes éthiques, mais aussi des enjeux de performance. Sans débat ouvert, associations indépendantes et véritables boucles de rétroaction, les erreurs de politique perdurent, il devient plus difficile de récompenser la compétence, et l’échec est plus facile à dissimuler. Au fil du temps, le système perd ses talents, et l’État devient moins capable alors que la crise se complexifie.

Examinons maintenant la dimension externe de la crise de Cuba. La direction cubaine a longtemps compté sur un schéma familier : lorsque les conditions se dégradent au pays, elle cherche un soulagement à l’étranger. Par le passé, ce soutien venait des subventions soviétiques, puis du pétrole vénézuélien, et plus récemment d’un soutien limité de partenaires comme la Russie, la Chine et le Mexique.

Cuba a dilapidé la bonne volonté des gouvernements de divers horizons politiques. Au lieu de considérer l’aide extérieure comme un pont vers la transformation, elle s’est répétitivement reposée sur des arrangements spéciaux pour préserver sa survie. Le contexte mondial actuel est moins clément. L’environnement extérieur évolue, et Cuba y entre avec des institutions fragiles et peu de garde-fous.

C’est pourquoi une perturbation au Venezuela est si dangereuse. Des experts estiment que la demande actuelle de pétrole de Cuba s’élève légèrement au-dessus de 100 000 barils par jour ; si un quart à un tiers de celle-ci dépend du Venezuela, une interruption majeure pourrait conduire le pays vers une zone de subsistance, surtout parce que Cuba ne peut pas facilement remplacer ce volume par des achats en espèces.

Une unité nécessaire pour un avenir durable

Si le diagnostic commence avec le modèle, la solution doit également commencer là. Aucun acteur extérieur ne peut “réparer” Cuba à la place des Cubains. Toute approche bâtie sur cette illusion échouera. Le seul chemin durable vers l’avenir est une refonte dirigée par les Cubains—soutenue, mais non substituée, de l’extérieur.

Un Cuba renouvelé devrait se concentrer sur la légitimité et la responsabilité dans la gouvernance. Cela ne nécessite pas des réformes cosmétiques ou des élections contrôlées mais des institutions qui reflètent la diversité réelle du pays et permettent la correction des erreurs de manière pacifique. Cela signifie des limites claires au pouvoir, des vérifications robustes, et des règles qui permettent aux citoyens de participer sans crainte—via des groupes civiques, des associations professionnelles, des médias indépendants et des initiatives locales. Un gouvernement qui demande aux gens d’accepter de difficiles ajustements économiques ne peut pas se fier uniquement au contrôle ; il doit gagner le consentement.

Le pays devra également évoluer vers une économie productive, où les efforts sont récompensés. Cuba doit fournir un cadre juridique stable pour les entreprises : autorisations stables, fiscalité prévisible, et capacité à réinvestir, importer, exporter, recruter et croître. Cela n’implique pas d’abandonner l’engagement social que de nombreux Cubains apprécient encore. Sans croissance, les garanties sociales deviennent vides ; sans un socle social basique, les réformes perdent le soutien public et deviennent instables.

Enfin, Cuba doit considérer la réunification nationale comme une stratégie de développement plutôt qu’une simple concession politique. La diaspora n’est pas un problème à gérer ; elle représente un atout national—capitaux, compétences, réseaux, et un pont vers les marchés. Un nouveau Cuba devrait créer des canaux sûrs et légaux pour permettre à la diaspora d’investir, de s’associer et de participer à la vie publique sans méfiance perpétuelle.

Pour l’heure, le système cubain a peu prouvé qu’il pouvait résoudre des problèmes concrets ou, plus crucial encore, mener les transformations nécessaires pour fonctionner. Même certains de ses alliés les plus en vue ont récemment déploré son incapacité manifeste à mettre en œuvre des réformes qui rendraient l’économie viable.

Au final, la narrative cubaine officielle est souvent saturée de références aux causes externes de la crise —les sanctions américaines étant la cible privilégiée— et refuse de reconnaître l’échec patent de son modèle économique. En agissant de la sorte, le gouvernement cubain crée un déséquilibre nuisible dans la façon dont ces deux dimensions sont décrites et évaluées, trop peu de temps et de capital politique étant consacrés à changer ce qui est directement sous le contrôle du gouvernement.

Considérations pour les États-Unis vis-à-vis de Cuba

Comment les États-Unis devraient-ils aborder Cuba ? La géographie et l’histoire assurent que la politique américaine façonnera le contexte cubain, mais elle ne doit pas alimenter l’illusion que l’avenir de Cuba sera dirigé de l’extérieur. Cette posture renforce les éléments durs à Cuba et invite à une surconfiance à l’extérieur. Washington ferait bien d’éviter des actions qui limit

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