Pendant près de cinq siècles, des fermiers scandinaves ont vécu sur cette terre hostile. Puis, vers 1450, ils se sont évanouis sans aucune explication. Les historiens et archéologues enquêtent toujours aujourd’hui.
Lorsque l’archéologue Michael Nielsen évoque le Groenland des Vikings, il agit en tant qu’enfant du pays. Il a grandi près des ruines des anciennes fermes scandinaves, explorant les fjords de la région. Dans les réserves du musée national de Nuuk, il examine une figurine de bois, représentant un cheval, soigneusement sculptée. Cet artefact, vieux d’un millénaire, a été découvert dans un sol humide. Des dizaines de figurines similaires ont été mises au jour, laissant à penser qu’il s’agissait de jouets d’enfant ou d’amulettes, souligne une enquête en cours, rapporte TopTribune.
L’histoire débute vers l’an 1000 avec Erik Thorvaldsson, connu sous le nom d’Erik le Rouge, qui quitte l’Islande pour un territoire glacé qu’il nomme Grænland. Ce nom a pour but d’attirer des colons. Dans les fjords du sud-ouest, quelques centaines de familles norroises s’installent, construisant fermes et églises. Pendant près de cinq siècles, la colonie prospère, mais vers 1450, tout cesse brusquement. Les Vikings du Groenland disparaissent sans lutte ni catastrophe apparente. Aucun chroniqueur européen n’a enregistré cet évènement.
«Les Européens bien informés n’avaient aucune idée de ce qui leur était arrivé», explique le professeur Thomas McGovern, archéologue expérimenté. «Cela suggère qu’ils ne sont pas partis. Ils ont tous disparu.» Ce destin mystérieux fascine depuis longtemps les spécialistes. Contrairement aux stéréotypes populaires, ces Vikings n’étaient pas uniquement des pillards, mais des fermiers. Que leur est-il arrivé en réalité?
Le mirage d’un Groenland vert
À Qassiarsuk, ancienne ferme d’Erik le Rouge, il est possible d’observer les fondations des étables de l’époque, peu changées depuis mille ans. À leur arrivée, le climat connaissait l’«optimum médiéval», période où la glace reculait. Les hivers restaient néanmoins rudes, nécessitant l’entassement des bêtes dans des étables, alors que les récoltes s’amenuisaient.
Au XIVe siècle, une «petite ère glaciaire» commence, rendant les mers impraticables et coupant les Vikings de leurs échanges commerciaux. En 1721, lorsque le missionnaire Hans Egede arrive au Groenland, il ne découvre que des ruines et des Inuit, non des descendants des Vikings.
Les hypothèses
Les années précédentes, les chercheurs avaient tendance à penser que les Vikings s’étaient auto-détruits par la surexploitation de leur environnement, ce qui les avait rendus vulnérables à la famine et au froid. Cependant, des recherches récentes suggèrent qu’ils avaient en fait adapté leur mode de vie, se tournant vers la chasse de mammifères marins comme les phoques et les morses.
Une étude de 2012 a révélé un changement dans le régime alimentaire norrois, indiquant qu’ils étaient de plus en plus devenus chasseurs. Que leur est-il donc arrivé alors?
L’or blanc des mers arctiques
Au musée de Nuuk, Michael Nielsen examine un crâne de morse, un symbole de commerce. Les dernières théories considèrent que les Vikings se seraient aventurés au Haut-Arctique pour chasser ce mammifère, dont l’ivoire était très recherché en Europe. Cependant, au XIIIe siècle, l’ivoire d’éléphant commence à envahir le marché, faisant chuter la valeur du morse, laissant les colons au bord de la précarité.
Privés de leurs ressources commerciales, il est possible qu’ils aient tenté de survivre localement, certains retournant en Norvège ou en Islande, tandis que d’autres, isolés, s’éteignent. La dernière missive connue du Groenland date de 1410, évoquant un mariage, puis plus rien. Vers 1450, les établissements d’Eystribyggð et de Vestribyggð se retrouvent vides.
Cette disparition des Vikings semble être le résultat d’une confluence tragique de changements climatiques et de mutations économiques. Leur isolement et leur dépendance aux échanges extérieurs rappellent nos propres vulnérabilités dans un monde globalisé.