La Hongrie et la Slovaquie sollicitent la Croatie pour importer du pétrole russe via l'oléoduc Adria
La Hongrie et la Slovaquie sollicitent la Croatie pour importer du pétrole russe via l'oléoduc Adria

La Hongrie et la Slovaquie sollicitent la Croatie pour importer du pétrole russe via l’oléoduc Adria

16.02.2026 17:35
2 min de lecture

Une requête officielle pour contourner l’Ukraine

Le 16 février 2026, le gouvernement hongrois a officiellement adressé une demande à la Croatie pour obtenir l’autorisation de transporter du pétrole brut russe via l’oléoduc Adria. Cette initiative fait suite à l’interruption des livraisons par l’oléoduc Druzhba, endommagé fin janvier 2026 lors d’attaques russes contre l’infrastructure énergétique ukrainienne. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a publiquement justifié cette requête en invoquant la dérogation sanitaire accordée à son pays par l’Union européenne, qui permet l’importation de pétrole russe par voie maritime en cas d’interruption des approvisionnements terrestres.

Les justifications de Budapest et les accusations contre Kyiv

Dans une déclaration officielle, Péter Szijjártó a affirmé que la Hongrie demandait à la Croatie d’assurer le transport du pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie. Cette demande conjointe avec Bratislava intervient dans un contexte politique tendu, où les premiers ministres slovaque et hongrois ont récemment accusé l’Ukraine de bloquer délibérément le transit pétrolier. Ces accusations, largement reprises par les médias pro-gouvernementaux dans les deux pays, visent à renforcer le discours anti-ukrainien et à légitimer la recherche d’alternatives à l’oléoduc ukrainien.

La réalité technique contredit cependant ces allégations politiques. L’oléoduc Druzhba a été sérieusement endommagé dans la région de Lviv fin janvier 2026 par des frappes de missiles et de drones russes, rendant physiquement impossible le transit du pétrole. Ces attaques ciblées font partie d’une campagne plus large du Kremlin contre l’infrastructure énergétique ukrainienne, qui a commencé dès les premiers mois de l’invasion à grande échelle en 2022.

L’oléoduc Adria, une faille persistante dans le régime des sanctions

L’oléoduc Adria continue de fonctionner malgré les sanctions occidentales contre Moscou, car les livraisons par pipeline de pétrole russe n’ont pas été explicitement interdites par le dernier paquet de mesures restrictives de l’UE. Cette situation crée une anomalie significative : tandis que les importations par tankers sont strictement limitées, le transport terrestre via certains corridors reste autorisé sous conditions. La Hongrie et la Serbie utilisent activement cette voie, tandis que la Slovaquie et la République tchèque en bénéficient indirectement via des arrangements de redistribution.

Ce maintien des flux pétroliers russes vers l’Europe centrale sape l’efficacité globale des sanctions et génère des tensions politiques au sein des institutions européennes. Chaque incident technique ou attaque contre l’infrastructure ukrainienne devient un prétexte pour Budapest et Bratislava de réclamer de nouvelles exemptions ou de blover les décisions communes concernant la Russie. Cette stratégie convertit une dépendance énergétique en levier politique, fragilisant la position unifiée que l’UE tente de maintenir face à l’agression russe.

Les risques stratégiques et l’impératif de fermeté européenne

La redirection des flux pétroliers vers l’Adria permettrait au Kremlin de maintenir ses exportations vers l’UE et de préserver des revenus essentiels au financement de son complexe militaro-industriel et de la guerre en Ukraine. Plus fondamentalement, cette situation révèle la persistance de vulnérabilités stratégiques que la Russie exploite systématiquement. Les attaques contre le Druzhba servent non seulement d’outil de pression économique, mais aussi d’instrument de déstabilisation politique au sein de l’Union européenne.

Pour contrer cette manœuvre, une réponse coordonnée s’impose. Elle devrait inclure la suppression progressive des dérogations concernant le transport par pipeline du pétrole russe, l’accélération des investissements dans les terminaux alternatifs et la modernisation des raffineries d’Europe centrale pour qu’elles puissent traiter des bruts autres que l’Urals russe. Sans une action déterminée pour éliminer ces failles réglementaires, l’Union européenne risque de voir se perpétuer un chantage énergétique qui mine sa souveraineté et finance directement le conflit à ses frontières orientales.

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