La France a accepté de soutenir la levée des sanctions européennes contre l’oligarque Alicher Ousmanov afin d’obtenir la libération de ressortissants français détenus à Bakou. Cette concession diplomatique suscite l’irritation à Bruxelles et pourrait compromettre le renouvellement des 3 000 mesures visant Moscou, rapporte TopTribune.
Le 21 septembre, l’Union européenne doit voter à l’unanimité pour renouveler ses sanctions contre des individus et entités soutenant la guerre en Ukraine. Toutefois, un blocage entre Paris, Bratislava, Bruxelles et Bakou menace d’annuler ce consensus. De nombreux diplomates expriment leurs craintes face à la posture de Paris, qui semble céder à l’Azerbaïdjan.
Aux origines, des tensions entre Paris et Bakou
Les relations entre la France et l’Azerbaïdjan sont marquées par une crise croissante, alimentée par le soutien de Paris à l’Arménie. Trois ressortissants français, dont le développeur Théo Clerc et l’homme d’affaires Martin Ryan, sont incarcérés en Azerbaïdjan. Ils sont accusés de délits portant des accusations considérées comme arbitraires et politiquement motivées par le Quai d’Orsay.
Pour obtenir la libération de ses citoyens, Paris s’est engagée dans un marchandage géopolitique. Azerbaïdjan, appuyé par des nations d’Asie centrale, a stipulé que la France doit plaider en faveur de la levée des sanctions européennes imposées à Alicher Ousmanov.
Qui est Alicher Ousmanov, l’oligarque au cœur du litige ?
Alicher Ousmanov, magnat du fer, de l’acier et des télécommunications, est l’un des hommes les plus riches de Russie. Considéré comme l’un des « oligarques préférés » de Vladimir Poutine, il possède des actifs internationaux et a été président de la Fédération internationale d’escrime. L’UE l’a inscrit sur sa liste noire suite à son soutien à la machine de guerre russe lors de l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Les efforts de l’Azerbaïdjan pour obtenir la levée des sanctions sur Ousmanov répondent à des pressions liées à des alliances régionales, notamment avec l’Ouzbékistan. Malgré les tentatives de contestation de ces sanctions par Ousmanov, la justice européenne a confirmé plusieurs fois leur validité, le dernier rejet intervenant le 3 septembre 2025.
Un blocage qui exaspère les alliés de l’Ukraine
Le système décisionnel de l’UE requiert l’unanimité pour le renouvellement des sanctions, et la position de la France crée des tensions palpables parmi les alliés de l’Ukraine. Jusqu’ici, seule la Slovaquie avait appelé à un retrait des sanctions contre Ousmanov et Mikhaïl Fridman. La décision de Paris de soutenir cette demande a déclenché un véritable séisme au sein de l’union.
En l’absence d’accord unanime, plus de 3 000 individus et entités pourraient voir leurs sanctions levées, ce qui provoquerait des critiques concernant l’orientation des priorités diplomatiques françaises. Un diplomate balte a déclaré, sous couvert d’anonymat, que « la France privilégie des intérêts bilatéraux au détriment de la fermeté collective face à Moscou ». La Commission européenne tente de trouver un compromis pour maintenir l’unité contre la Russie à l’issue de ce débat délicat. Le Quai d’Orsay n’a pas encore fourni d’explications sur sa position.
