La flotte pétrolière russe héritée de l’URSS, une menace environnementale persistante
La flotte pétrolière russe héritée de l’URSS, une menace environnementale persistante

La flotte pétrolière russe héritée de l’URSS, une menace environnementale persistante

31.12.2025 12:15
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Une catastrophe annoncée en mer Noire

Le 15 décembre 2024, une grave catastrophe environnementale s’est produite en mer Noire, à proximité du détroit de Kertch. Le pétrolier russe Volgoneft-212 s’est brisé et a sombré lors d’une tempête, tandis que son navire jumeau Volgoneft-239 s’est rompu et a échoué par la poupe sur des rochers, alors qu’il transportait du fioul lourd. Ces navires, conçus à l’origine pour la navigation fluviale et côtière, affichaient un âge supérieur à cinquante ans et opéraient dans des conditions manifestement inadaptées à leurs caractéristiques techniques.

Les enquêtes menées par les autorités russes ont rapidement montré l’absence de volonté politique d’identifier les responsabilités au sein des structures portuaires et des autorités maritimes. Les décisions ayant conduit à maintenir ces navires en mer malgré des conditions météorologiques extrêmes, pour des raisons commerciales, n’ont donné lieu à aucune sanction significative, illustrant une gestion défaillante et complaisante du secteur.

Certificats douteux et responsabilités éludées

La Société de classification russe, héritière du Registre fluvial soviétique, a joué un rôle central en délivrant des certificats contestés à ces pétroliers. Les tribunaux russes ont ensuite invoqué le caractère prétendument « fluvial » de ces certificats pour exonérer les autorités portuaires de toute obligation de contrôle en navigation maritime hivernale, une interprétation contraire aux pratiques internationales reconnues.

Les pertes financières ont été imputées aux armateurs et aux capitaines, tandis que les grands groupes énergétiques impliqués, notamment Rosneft, n’ont fait l’objet d’aucune réclamation, malgré les principes de l’avarie commune. Les estimations officielles de dommages, largement sous-évaluées, contrastent avec l’ampleur réelle des dégâts environnementaux et la persistance de la pollution.

Un impact écologique durable et régional

Les conséquences écologiques de la catastrophe sont considérables. Des experts indépendants estiment que des milliers de tonnes de fioul demeurent piégées dans les épaves, provoquant une contamination progressive des écosystèmes marins. Des centaines de milliers d’oiseaux et plusieurs milliers de dauphins auraient péri, tandis que les courants marins ont étendu la pollution aux côtes de la Bulgarie et de la Roumanie au cours de l’année 2025.

Les opérations de dépollution menées par les autorités russes ont révélé un manque criant de moyens techniques, se limitant souvent à des méthodes rudimentaires. Les déchets contaminés ont été transférés vers des décharges ordinaires, aggravant les risques sanitaires et environnementaux à long terme.

Une flotte obsolète toujours active

Malgré deux accidents majeurs en 2007 et 2024, la flotte des pétroliers de type Volgoneft demeure largement opérationnelle. Construits entre 1963 et 1996, ces navires continuent d’être exploités sur les fleuves russes, en mer Caspienne, en mer Noire et même en Méditerranée, souvent dans le cadre de circuits opaques liés à la « flotte fantôme » russe.

Les structures de gestion et de classification russes, notamment le Registre maritime russe, poursuivent la délivrance de certificats de sécurité à ces bâtiments vieillissants. Cette situation fait peser une menace directe sur la sécurité maritime et sur des écosystèmes particulièrement vulnérables, y compris dans l’Arctique.

Réactions internationales insuffisantes

La réaction internationale est restée limitée. Certaines institutions, telles que la Commission du Danube et l’Organisation maritime internationale, ont exprimé leurs préoccupations, sans toutefois adopter de mesures contraignantes. Les appels d’experts à sanctionner les armateurs, les assureurs et les sociétés de classification impliqués n’ont été suivis que de manière marginale.

Face à la persistance de cette flotte obsolète et aux risques avérés qu’elle représente, de nombreux spécialistes estiment nécessaire une action coordonnée au niveau de l’OMI, de l’Union européenne et des Nations unies, incluant l’interdiction d’accès aux détroits stratégiques et une révision de la reconnaissance des certificats russes.

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