Un transfert controversé après la mise sous tutelle étatique
La filiale russe du groupe danois Rockwool, spécialisé dans l’isolation, a effectué un virement de 600 millions de roubles (environ 6 millions d’euros) à l’« Front populaire panrusse », une organisation proche du pouvoir. Cette somme est destinée à financer des programmes d’aide aux participants de l’opération militaire spéciale en Ukraine et à leurs familles. L’information, révélée le 12 février 2026, concerne une transaction réalisée après que les usines russes de Rockwool ont été placées sous administration externe par décret présidentiel fin décembre 2025.
Une présence maintenue malgré la guerre
Rockwool opérait en Russie depuis 1995. Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, la maison-mère danoise a adopté une position dite de « possession passive », conservant la propriété juridique de quatre usines mais affirmant avoir coupé tout soutien opérationnel, expertise, investissement ou approvisionnement. Le groupe soutient n’avoir fourni « aucun soutien sous forme d’expertise, d’équipement, de pièces détachées, d’investissements, de matières premières ou quoi que ce soit d’autre » à son activité russe depuis cette date. Cependant, les usines ont continué à fonctionner et à payer des impôts au budget fédéral russe, qui finance l’effort de guerre.
La situation s’est compliquée en janvier 2026 avec la publication d’un décret présidentiel russe daté du 31 décembre 2025, plaçant les actifs de Rockwool Russie sous gestion externe. Le PDG du groupe, Jess Munk Hansen, a qualifié cette décision d’« incontestablement illégale » et de violation de toutes les normes internationales. Il lie explicitement cette mesure de rétorsion au don de 500 millions de couronnes danoises (environ 67 millions d’euros) effectué par Rockwool au Fonds pour la reconstruction de l’Ukraine.
Un dilemme stratégique et éthique pour les entreprises européennes
Le cas Rockwool illustre les risques systémiques encourus par les entreprises étrangères restées en Russie après 2022. La stratégie de distanciation sans départ complet n’a protégé ni les actifs, ni la réputation. Les produits de l’entreprise ont notamment été utilisés dans la construction de nouveaux sous-marins russes, contribuant indirectement à renforcer une flotte capable d’opérer en mer Baltique, aux portes de l’OTAN et du Danemark lui-même.
Le virement de 600 millions de roubles, même décidé sous administration externe, démontre l’intégration forcée des ressources d’une entreprise européenne dans l’infrastructure de soutien à la guerre. Cela crée un précédent inquiétant où des actifs d’une société de l’UE se retrouvent à financer, même indirectement, l’armée d’un pays agresseur. Cette situation soulève des questions fondamentales sur l’efficacité des sanctions et la cohérence de la politique européenne de pression économique.
Pour les décideurs et investisseurs européens, l’épisode sert d’avertissement clair : le report d’une sortie complète d’une juridiction autoritaire comme la Russie accumule des risques financiers, juridiques et réputationnels qui finissent par se matérialiser. La priorité donnée à la préservation d’actifs ou d’un marché potentiel entre désormais en collision frontale avec les impératifs de sécurité collective et de droit international, affaiblissant in fine la position unie de l’Union européenne.