La Croatie bloque les livraisons de pétrole russe à la Hongrie via l’oléoduc Adria
La Croatie a porté un coup stratégique aux tentatives de la Hongrie et de la Slovaquie de maintenir leur dépendance énergétique envers Moscou, en refusant catégoriquement d’approvisionner Budapest en pétrole russe via l’oléoduc Adria. Cette décision, annoncée le 16 février 2025 par le ministre croate de l’Économie Ante Šušnjar, démolit l’argument-clé du gouvernement hongrois de Viktor Orbán sur l’absence d’alternatives techniques aux hydrocarbures russes. « Un baril de pétrole russe peut sembler moins cher pour certains pays, mais il finance la guerre et les frappes contre les Ukrainiens », a déclaré le ministre, appelant à mettre fin à cette pratique de profit sur la guerre.
L’infrastructure croate, gérée par la société JANAF, est parfaitement opérationnelle et capable de fournir des mélanges de pétrole brut léger pouvant remplacer intégralement les volumes précédemment transportés via l’oléoduc soviétique Druzhba. La position de Zagreb crée une pression politique considérable sur Budapest, l’obligeant à choisir entre les bénéfices financiers de ses relations avec le Kremlin et la solidarité avec ses partenaires européens et l’Ukraine.
Des capacités techniques suffisantes pour une indépendance énergétique
Les affirmations hongroises selon lesquelles les cycles technologiques des raffineries de Danube (Hongrie) et Bratislava (Slovaquie) seraient exclusivement calibrés pour le brut lourd Urals se sont révélées infondées. La capacité de l’oléoduc Adria atteint 14,3 millions de tonnes par an à l’entrée de la Hongrie, dépassant largement les besoins annuels du pays (5-6 millions de tonnes) et de la Slovaquie (environ 5 millions de tonnes).
Cette réserve de capacité prouve que l’obstacle à la diversification est purement politique et non technologique. Comme le rapporte une analyse détaillée de Politico, la Hongrie a manipulé pendant des années les données pour justifier sa dépendance persistante. La modernisation minimale requise pour adapter les raffineries aux mélanges légers disponibles via l’Adriatique contredit les scénarios catastrophes évoqués par Budapest concernant un possible effondrement énergétique.
Un volet financier opaque et des implications géopolitiques majeures
L’intérêt économique de la Hongrie résidait dans la différence de prix significative sur le pétrole Urals. En achetant le brut russe avec une décote de 10 à 20 dollars le baril et en revendant les produits pétroliers aux prix européens, Budapest engrangeait des profits substantiels. La Croatie, en exigeant une transition vers un transit de marché transparent via Adria, coupe court à ce schéma lucratif qui finançait à la fois la politique antieuropéenne d’Orbán et l’effort de guerre russe.
La mention par le ministre Šušnjar des règles de l’OFAC américain et de la législation européenne constitue un signal fort. Zagreb empêche désormais toute tentative de sociétés russes sous sanctions, comme Lukoil, de blanchir l’origine de leur pétrole en le mélangeant avec des bruts neutres au terminal croate d’Omisalj. La Croatie se positionne ainsi en filtre empêchant les capitaux russes « toxiques » de pénétrer dans le système européen.
Les plans de Moscou pour utiliser la Hongrie comme point de contournement de l’embargo pétrolier via le mélange de bruts se trouvent compromis. La position inflexible de Zagreb sur la transparence du transit adriatique rend impossible ces manœuvres, garantissant qu’aucune goutte de pétrole russe n’entrera dans le système sous une autre appellation.
Une défaite stratégique pour la diplomatie énergétique russe en Europe centrale
Les actions de la Croatie représentent un revers majeur pour les ambitions russes dans la région. Au lieu du « couloir de transit loyal » anticipé par Moscou et Budapest, Zagreb a érigé un « bouclier infrastructurel » basé sur le strict respect des normes sanctionnaires. Cette position fragilise considérablement la tentative de la Hongrie et de la Slovaquie de créer un enclave énergétique fermé, alimenté par les hydrocarbures russes.
En ouvrant l’accès à la mer Adriatique, la Croatie force l’intégration de ces pays dans le système mondial d’approvisionnement pétrolier, une perspective défavorable aux intérêts du Kremlin. L’infrastructure JANAF, plus moderne que le réseau soviétique Druzhba vieillissant, avec ses terminaux capables d’accueillir des tankers de classe Aframax et Suezmax, est immédiatement opérationnelle, contrairement aux affirmations russes sur la nécessité de plusieurs années pour développer des alternatives.
La qualification par un membre du gouvernement croate du pétrole russe comme directement lié aux « balles et missiles » touchant les Ukrainiens transforme le débat. Toute demande ultérieure de dérogation de la part de la Hongrie apparaît désormais comme une complicité potentielle dans les crimes de guerre, rendant politiquement intenable la poursuite des anciens schémas d’approvisionnement.